On ne peut pas aujourd’hui disserter sur la situation  du Kasaï, alors que le Président de la République, lui-même d’origine Kasaïenne, rentre à peine d’une tournée dans cet espace, sans évoquer quelques aspects du périple.

La tournée de Son Excellence Monsieur le Président de la République, dans ses terres ancestrales du Kasaï, a été une relative réussite. Comme souvent  devant des tâches ardues dans une réalité sociale incontestablement complexe, nous sommes devant le verre d’eau que certains voient à moitié plein et d’autres à moitié vide. Et pourtant, partout, de Lodja à Tshikapa, de Kabinda à Kananga aussi bien qu’à Mbuji-Mayi, les peuples du Kasaï, ignorant toutes distinctions partisanes, ont montré à leur fils, non seulement leur attachement à sa personne, leur amour. Ils n’ont pas manqué  de lui rappeler, parfois assez rudement,  leurs difficultés ni d’exprimer le haut niveau d’espoir qu’ils placent en sa réussite au sommet de l’Etat congolais et ses répercussions dans le Kasaï.

Parlant de la relative réussite, il s’agit de ne pas occulter les réactions de mécontentement exprimer ici et là, à propos notamment des travaux des infrastructures débutés à la veille du voyage de Mbuji-Mayi, du mauvais état de la route « Mbuji-Mayi – Kabinda », de la honteuse polémique Ngoyi Kasanji/Bilomba à propos de la surprenante surfacturation des travaux de construction de certaines écoles et, surtout, de la scène où l’on voit la population de Mbuji-Mayi huer les membres du Cabinet de la Présidence au moment de leur départ pour Kananga. Qui n’a pas vu la vidéo de ce Kasaïen, traitant les conseillers du Chef de l’Etat de voleurs et rappelant l’épisode des fameuses quinze bonnes personnes qu’aurait cherché en vain Joseph Kabila ? Et pour couronner le tout, le Chef de l’Etat, lui-même, se serait plein du bas niveau d’avancement des travaux du programme « Tshilejelu » et de ceux du barrage de Katende en menaçant de prison certains responsables. La condamnation la plus sévère sortira de la bouche de notre frère, le Ministre de la recherche scientifique, José Mpanda, le dimanche 9 janvier lors de sa conférence de presse à Mbuji-Mayi : « nous sommes nombreux aux côtés du Président Félix Tshisekedi ; nous sommes des voleurs et encore on disait qu’on n’a rien fait au Kasaï : Nous nous entre-tuons nous-mêmes ; Nous qui venons ici ; c’est nous qui faisons du mal au Président. Tshisekedi a fait sa part. Mais,  il y a beaucoup de voleurs ; Tshilejelu : zéro, Daipn : zéro, Nkuadi : zéro. Ce que je dis là, je l’ai vécu moi-même ».

Il faut également le dire clairement. Ce périple présidentiel dans le Grand Kasaï a suscité un quasi tremblement de terre dans le microcosme politique kinois. Des polémiques, des prétendues accusations d’abandon ou même de trahison, l’évocation du tribalisme voire des menaces n’ont pas empêché plusieurs leaders Kasaïens, de tous les bords, d’ignorer les pressions, de prendre le courage de rejoindre le Président, chez eux ; distinguant intelligemment les contradictions idéologiques, de lutte pour le pouvoir ou de politique politicienne  existantes au niveau national, de la nécessité des échanges pragmatiques et républicains au plan local.

Par ce voyage, le Chef de l’Etat a payé sa dette et en a contracté d’autres, il se devait d’aller remercier les siens pour leur soutien indéfectible lui témoigné lors des élections de 2018 et aujourd’hui encore. Ce périple a aussi été un moment d’inspection. Le père se devait d’aller constater, de lui-même, les conditions dans lesquelles vivent ses populations. Après avoir beaucoup entendu et lu, il a vu.  Avec un rarissime niveau de modestie, le Président s’est humilié publiquement en implorant le pardon pour ce qui n’a pas été réalisé jusqu’ici. Bien plus que tout, il convient de souligner que cet odyssée a été une suite des séances d’encouragement. Le Chef de l’Etat a manifestement voulu secouer les siens, les bousculer un peu, afin de les sortir de leur légendaire « endormissement ». C’est dans cet esprit que, très humblement, j’aimerais inscrire cette tribune.

Pour ce faire, je vais partir de trois (3) vidéos, relatives au Kasaï, diffusées dans les médias sociaux pendant la troisième semaine du mois de décembre 2021 ; ceci, bien évidemment, avant que l’annonce du voyage du Chef de l’Etat ne vienne écraser toute autre actualité. Cette trilogie m’a convaincu de revenir sur l’esprit de mon précédent texte sur la question Kasaïenne.

De quoi s’agit-il ?

La première vidéo est d’ordre historique ; elle rappelle le pont aérien organisé par le pouvoir sécessionniste katangais, en 1960, entre le Kasaï et le Katanga alors que la famine sévissait dans la région consécutivement à la proclamation de l’Etat autonome du Sud-Kasaï, dans le contexte difficile de la décolonisation. Mon attention a été attirée par le commentaire méprisant du journaliste belge, mettant en relation la famine, l’aide katangaise et les danses que quelques dames exhibaient en honneur du fameux Mulopwe Albert Kalonji, devant sa résidence. Pardonnez-moi ; j’avais ressenti une certaine gêne. 

La seconde vidéo, plus récente, montre un convoi de véhicules bondés des sacs de  maïs en provenance du  Katanga et destinés à la vente à Mbuji-Mayi. Ici aussi, chacun a pu apprécier avec quelle insistance le commentateur soulignait lourdement l’origine lualabaise, donc katangaise, de la marchandise qui devait concourir à baisser le prix du maïs à Mbuji-Mayi. Ici aussi j’ai été embarrassé, perturbé. D’aucun pourrait rétorquer, et à juste titre, qu’il est normal, voir banal, que des biens circulent d’un point à un autre d’un même pays ; et pourtant, j’ai quand même été touché dans ma fierté de Kasaïen. Un peuple qui abandonne son autonomie alimentaire se ligote lui-même ses bras, se voue au mépris et prépare sa soumission.  

La troisième vidéo montrait des images insoutenables des familles entières de Kasaïens se battant pour trouver place à bord d’un véhicule se rendant au Katanga ; je n’ai pas pu m’empêcher de penser à une autre vidéo, diffusée quelques semaines auparavant,  et montrant des files de Kasaïens descendant dans une gare du Katanga, accueillis par des quolibets et des cris hostiles.  Là, franchement, j’ai eu des larmes aux yeux !

Ne devrais-je pas évoquer, les vidéos qui avaient littéralement envahit la toile deux jours avant l’arrivée du Chef d l’Etat à Mbuji-Mayi ; une première dénonçait le fait que certains responsables avaient déversé de la terre ocre sur les routes en guise de travaux de réfection; d’autres images montraient l’étonnement suite à  la présence de l’eau courante et de l’électricité dans la capitale congolaise du diamant.

Dans quel syndrome sommes-nous engagés ? Comment qualifier cet égarement collectif ? Faisons-nous assez pour sortir de ce cercle vicieux de la pauvreté?

Il serait malhonnête d’affirmer que les élites Kasaïennes demeurent indifférentes au sort de leur région. J’imagine que malgré ses difficultés, l’ampleur du programme Tshiléjelu au Kasaï n’est pas sans rapport avec la présence de certains des nôtres à la Présidence de la République. Je souligne l’initiative du Sénateur Denis Kambayi du SYNAGK qui nous a réunis à l’hôtel Beatrice. Je rappelle que sous le haut patronage du Chef de l’Etat,  notre sœur Mujangi Kalonji alias Free box a, avec son ONG, organisé une série de conférences instructives à l’hôtel du Fleuve. 

Autant, à l’hôtel Beatrice qu’à celui du Fleuve, nous sommes revenus sous nos plaintes habituelles à propos de la stigmatisation dont nous sommes d’ailleurs véritablement l’objet ; nous avons rappelé notre rôle central dans l’histoire du pays, notre dynamisme ; certains de nos spécialistes, issus notamment de la Présidence, ont souligné nos potentialités et ce que le gouvernement compte faire chez nous. Comme de coutume, chez les humains, nous avons omis de nous interroger sur nos propres responsabilités dans notre malheur, sur notre part dans notre sort. Il y a donc des choses à corriger. 

Je m’en voudrais de ne pas mentionner la courte, mais significative intervention du griot Kabangu. Le chantre nous a rappelé mélodieusement que pendant que nous chantons «  kuetu kudi bionsu » et « Kuetu kaku jimini » ; dans le kuetu en question les nôtres manquent de tout et meurt de faim, certains s’exilent vers le Katanga ou Kinshasa en vidant nos contrées de sa substance la plus précieuse : la jeunesse.

Une fois de plus, il convient de féliciter et d’encourager le Sénateur Dénis Kambayi et notre sœur Mujangi Kalonji pour leurs initiatives de rassembler les nôtres à Kinshasa. Cependant, il faut aussi courageusement admettre que nos rencontres de la Capitale, conscientisent réellement quelques-uns parmi nous,  elles demeurent donc utiles et porteuses d’espoirs, mais en fait, elles ne modifient pas le vécu des Kasaïens. Le Kasaï se meurt et nous ne nous engageons  pas dans des projets concrets, susceptibles de redonner l’espoir à Lodja, Kabinda, Tshikapa, Mbuji-Mayi et Kananga. L’exode vers le Katanga ou Kinshasa ne constitue pas une solution. Il nous faut encore trouver des idées plus matérielles et palpables qui véritablement modifieront le terrain. N’attendons pas les bras croisés, le Congrès annoncé au Lac Mukamba.  Patiemment, préparons ces importantes assises avec rigueur, vigueur, méthode et détermination.

Ne mettons pas la tournée de Son Excellence Monsieur le Président de la République au Kasaï dans l’esprit « Djalelo / Tata ayé nzala esili ». Dans cette double expression se résume la mentalité qui veut qu’ayant reçu le Chef dans l’allégresse, lui ayant rendu les honneurs qui conviennent et remis nos cahiers des charges ;  il incomberait, désormais au Président de résoudre tous nos problèmes, sans notre propre contribution, en absence de nos apports. Enfermés dans cette culture de « Tata, talela biso likambo oyo » nous n’obtiendrons aucun résultat.

De plus, il faut souligner clairement une des choses importantes que vient de relever la tournée Kasaïenne du Chef de l’Etat : la confiance des kasains est à reconquérir. En effet, lorsque le peuple traite les conseillers Kasaïens  du Chef de l’Etat de « biimvi », quand un Ministre reprend le même qualificatif. Il faut se remettre en question !

La gravité de la crise Kasaïenne  exige de nous tous : de l’imagination, des initiatives, beaucoup d’efforts, de l’abnégation, du courage, le sens de la prospective.  Le Chef l’a reconnu lui-même, soyons convaincus la pauvreté persiste, l’inquiétude demeure ! En attendant l’aboutissement, que je souhaite heureux, du programme Tshilejelu et les conclusions de la rencontre du Lac Mukamba, montrons nous imaginatif ; la réflexion doit s’approfondir par des échanges, écrits ou à l’oral, afin que progressivement, ensemble, nous trouvions des réponses, non pas nécessairement savantes, mais simplement concrètes, économiques et réalisables à court et moyen terme. Laissons au Gouvernement de la République les grands projets, emparons-nous des petits et moyens défis ! Il y en a beaucoup.  Pourquoi ne pas penser à mettre en place des comités d’initiative dans nos différents secteurs, groupement ou  village ? Ceux–ci pourraient aider à mieux intégrer « le projet présidentiel d’investissement pour la réduction accélérée de la pauvreté et des inégalités au niveau des 145 territoires » sur le plan local. Dans ce cadre, ces comités d’initiatives pourraient, entre autres choses, très bien organiser, coordonner et relancer la production du maïs et autres aliments de première nécessité, sans attendre Kinshasa. Ils pourraient  mieux initier, faire exécuter et contrôler l’entretien des routes de déserte agricole. Pourquoi ces comités ne pourraient-ils pas prendre le devant en matière de rénovation ou reconstruction des écoles primaires à l’aide des matériaux locaux : argile, bois et autres. La liste est loin d’être exhaustive, mais je suis convaincu que les Kasaïens seront en mesure de la prolonger.

Il est grand temps  pour les Kasaïens de se convaincre qu’il n’existe aucune malédiction, ni aucun complot ourdi contre nous, il nous incombe de sortir de la distraction, de quitter le complexe de la victimisation. Le Kasaïen  se doit de se relever,  de prendre et d’assumer  sa part des énormes sacrifices que l’ensemble de la RDC doit consentir pour sortir du mépris et de la pauvreté.

Pour ce qui me concerne personnellement, n’en déplaise à certains esprits chagrins et « exclusiviste », j’estime qu’il doit être possible :

  • D’être cadre du PPRD, patriote, unitariste, progressiste et souverainiste, donc lumumbiste-kabiliste ;
  • D’aimer le Kassaï et de chercher son progrès ; c’est chez moi ;
  • De souhaiter, comme pour ses prédécesseurs, la réussite du mandat du Président Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo, puisqu’il en va de l’intérêt de la RD Congo.