Il ne fait nul doute que le Congo est abaissé par une classe politique n’ayant aucun esprit de grandeur, affichant plutôt un opportunisme charognard et cynique comme marcher sur les cadavres des autres pour arriver au top. A quoi cela est-il dû? Certainement à de nombreuses illusions, notamment la mauvaise conception du pouvoir et le manque d’éducation et de culture politique, en d’autres termes, le manque de connaissance et de pratique de bons usages de nos ressources pour le développement du pays. Il manque un cadre institutionnel national formel de lutte contre la corruption et pour le changement des mentalités. Quelle sorte de page d’histoire du Congo sommes-nous en train d'écrire si nous devons mendier de l'argent aux blancs, nos anciens colons pour nettoyer notre propre capitale Kinshasa ?! L’Etat Congolais est devenu effectivement dépendant. Aujourd’hui la dette nationale s’accumule déjà ! Nous avons besoin du FMI, de la Banque Mondiale, de l’AGOA… certes mais seulement pour accompagner nos propres efforts internes.

L’Etat Congolais est aussi devenu un repaire de brigands, de voleurs ou de réseaux de copains tribaux. «Il faut tourner le moulin lorsque souffle le vent », se disent-ils. Le manque de discipline surtout budgétaire au milieu d’une crise sanitaire sans précédente et de pénuries d’eau et d’électricité, on en parle ces-jours-ci en RDC.

Mais quelles sont les conséquences de vivre dans un Congo « où le plus n’est jamais assez, où l'opportunisme et la cupidité se généralisent » pour paraphraser De Leonardo DiCaprio ? Mark W. B. Brinton quant à lui avait raison lorsqu’il a dit que la valeur d’un homme ou d’une femme ne se mesure pas à son argent, son statut ou ses possessions (accumulés par tous les moyens nécessaires). La valeur d’un homme ou d’une femme réside dans sa personnalité, sa sagesse, sa créativité, son courage, son indépendance et sa maturité.

Le peuple chosifié et utile seulement pendant les campagnes électorales bidons car la légitimité vient surtout des grandes puissances, est totalement à la merci de la classe politique corrompue. Les paysans sont abandonnés à leur triste sort dans les milieux ruraux totalement enclavés. Or, tout développement d’un pays commence par le développement rural, le développement à la base. Nous avons l’impression que tout se passe à Kinshasa et que les paysans et l’arrière-pays sont négligés ! Créer une synergie entre la ville et l’arrière-pays qui subit les affres de la guerre n’est pas au cœur du plan de développement national. Nos ministres, nos députés, nos DG, nos conseillers à présidence et dans des différents ministères, la plus part des Kinois, ne portent pas le Congo rural, le Congo profond à cœur (en tournée avec le Président Felix Tshisekedi, ils viennent d’être hués au Kasaï). L’arrière-pays devient important seulement pendant les campagnes électorales pour y récolter des votes! Or, c'est l'arrière-pays qui nourrit la ville (référence à l’agriculture), pas le contraire. Le secteur minier, prétendument poumon de l’économie congolaise, est basée dans l’arrière-pays. Le développement rural passe par des technologies modernes simples et adaptées pour la transformation locale de nos ressources, l’électrification, la réhabilitation des voies navigables, des routes et des chemins de fer!

Les attaques contre les civils se poursuivent à l’est du pays, les groupes armés soutenus par les pays voisins, peuvent frapper à tout moment. Mais les paysans ne sont pas naïfs ! Preuve: La population de Beni a récemment refusé le don du gouvernement en tôles pour la construction d’une morgue, des habitations détruites par les ADF et des maisons qui n’ont pas résistées à des fortes pluies qui se sont déversées sur la Ruwenzori et ont exigé l’instauration de la paix.

«A quoi sert-il de reconstruire nos maisons pour qu’elles soient détruites quelques jours après par les ADF », a fait savoir la population en soulignant que depuis toujours, ils construisent leurs maisons seuls sans l’aide de qui ce soit. « Restaurez-nous la paix, c’est de ça de que nous avons besoin », ont déclaré les habitants du Nord-Kivu. Aujourd’hui la population coopère avec l’armée pour neutraliser les groupes armés à l’est du pays mais cette population est aussi souvent rançonnée par l’armée et demeure victime d’autres abus de ses droits humains. C’est la réalité.

Le tribalisme caractérise le comportement de nos dirigeants et ils ne le cachent plus. Aujourd’hui, les décideurs Congolais privilégient les préférences tribales pendant les nominations. Vous n’avez qu’à regarder la constitution des cabinets à tous les niveaux.

A quelque chose malheur est bon, la Covid-19, un petit machin microbiologique vient d’infliger une leçon inoubliable aux Congolais. Elle attaque tous les Congolais indépendamment de leur appartenance ethnique ou tribale, de leur confessions religieuses et leur affiliation ou tendance politique. Et donc, nous sommes d’abord citoyens de la RDC et les problèmes liés au sous-développement, au chômage, à la pauvreté, à l’insécurité, à la pandémie de la Covid-19 … auxquels nous faisons face se traitent au niveau national. La Covid-19 nous rappelle que nous sommes une nation et que la RDC est une et indivisible et devons l’affronter ensemble ce problème sanitaire qui nous vient de l’extérieur  en mettant de côté nos divergences.

Rappelons que lorsque le courant anticolonial s’était déjà fortement étendu au Congo, les Belges ont finalement cédé  pour ne pas céder. Malignement, ils se sont pliés à la demande des Congolais de l’indépendance immédiate et totale du Congo du joug colonial.  Mais,  les sujets de Baudouin 1er étaient déterminés de garder la main mise sur le Congo. « Acceptons que les Congolais accèdent à une indépendance nominale mais en cas de force majeure, nous avons la poudre et le canon en Belgique, et nous avons les tribus et les ethnies au Congo » (diviser pour régner), se sont-ils dit ! Les Belges Wallons et Flamands qui ont importé le tribalisme au Congo comptaient sur le tribalisme bien assimilé par les Congolais pour déstabiliser le Congo indépendant. Evidemment, Patrice Lumumba a averti dans son discours du 30 juin 1960 que le tribalisme allait affaiblir l’action du gouvernement. Et aujourd’hui l’histoire lui donne raison ! La vérité est aux oreilles ce que la fumée est aux yeux et le vinaigre aux dents, dit-on. Mais tôt ou tard, elle finit toujours par triompher. Ne voyez-vous pas comment la dent de Lumumba mord les consciences à Bruxelles et à Kinshasa, 61 ans après son extraction et prélèvement comme trophée avant que son corps et ceux de ses compagnons Mpolo et Okito soient découpés et dissous dans l'acide (version du bourreau)?

Notre Etat est devenu un sous-traitant des puissances étrangères et des pays voisins, leurs mandataires  et dont les troupes occupent actuellement l’est de notre pays et y déversent leurs populations pendant qu’à Kinshasa on fait la fête.

Face à cet état de chose, nous avons le devoir de réitérer sans cesse que seule la vision de Patrice Lumumba et de Mzee Laurent Désiré Kabila demeure incontournable pour un Congo grand, uni et prospère.

Patrice Lumumba et Mzee Kabila ont respectivement mis toutes leurs forces dans la lutte contre le colonialisme d’abord, puis le néocolonialisme ensuite, ne reculant devant aucun sacrifice, le sacrifice suprême en définitive si le bien des Congolais le demanderait – Ne jamais trahir le Congo ! La détermination, la constance, l’incorruptibilité et l’esprit de sacrifice sont les quatre valeurs qui les ont caractérisés fondamentalement. Une université doit être créée pour promouvoir les idées de Patrice Lumumba et de Mzee Kabila.

Pour Patrice Lumumba, l’indépendance politique ne signifie rien sans l’indépendance économique. Cela implique que nous nous remettions au travail, travailler laborieusement, il faut la discipline, un leadership responsable, une succession au pouvoir normale gage de la sécurité et la stabilité sociale, nous devons être un peuple qui a confiance en soi, déterminé et avec une vision claire où nous voulons arriver, en comptant sur nos propres efforts d’abord et non sur l’aide étrangère (qu’on détourne d’ailleurs). Alors seulement nous pourrons accomplir beaucoup de choses en vue du développement de notre pays. «Ce n’est pas en mendiant des capitaux que nous allons développer le pays mais en travaillant nous-mêmes par nos propres mains, par nos efforts. Avec nos cerveaux, nos mains, nous allons développer le Congo»,  a dit  Lumumba.

 Conscient que seule la lutte libère, Patrice Lumumba  avait une vision clairvoyante de leadership axée sur la paix, la prospérité, la grandeur et le panafricanisme. Nous allons commencer une nouvelle lutte qui va mener notre pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur (…) et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l'Afrique tout entière," a-t-il déclaré dans son discours légendaire de l’indépendance du 30 juin 1960.

Marchant sur les pas de Patrice Lumumba, le terme “Grand Congo Démocratique” revenait toujours dans les discours de Mzee Kabila, plus spécialement dans son dernier discours à la nation à l’occasion du Nouvel An 2001. Ce terme traduit une grande vision que Mzee Kabila avait pour le Congo. Il voulait reconstruire une nation unie, indépendante et forte. Pour Mzee Kabila, la RDC est un grand pays et que les Congolais sont un grand peuple qui doivent s’affirmer comme tel. Le Congo n’est pas mort. Il est plutôt un géant qui dort. La vision de Patrice Lumumba et de Mzee Kabila sert de gong du réveil.

“Je vous convie tous, filles et fils du Grand Congo Démocratique, à une résistance encore plus active et à une lutte, sans merci, contre nos ennemis, jusqu’au jour où nous recouvrerons totalement l’intégrité territoriale, l’indépendance nationale, et la souveraineté internationale de notre pays”, a-t-il déclaré.

Pour  Mzee Kabila, les cinq préalables pour reconstruire un état fort sont les suivants:

  1. Débarrasser le Congo du poids de l’histoire  notamment, de la nature obscurantiste, oppressive et exploiteuse de l’état que le peuple Congolais a toujours connu de Léopold II jusqu’à Mobutu (sans oublier les petits pays voisins agresseurs). Les belges n’ont mis le Congo en valeur qu’on profit de la métropole au détriment du peuple Congolais (esclavage, travaux forcés,, mains coupées…) et depuis l’indépendance, la mise en valeur du Congo n’a jamais été la priorité des différent gouvernements qui se sont succédés à la tête de l’Etat, à tel point que le Congo demeure encore aujourd’hui un grand chantier dont la construction a été amorcée par Mzee Kabila et Joseph Kabila mais coupée court par la guerre d’agression et par le blocage occidental, respectivement.

“Nous voulons le renouvellement de la classe politique, nous voulons rajeunir la classe politique Congolaise. Nous voulons une nouvelle classe politique consciente que ce pays peut se reconstruire comme tous les autres (changement de mentalités). Dans notre pays tout riche qu’il est, dans l’arrière-pays, le paysan, toute sa richesse c’est une machette, une houe et une natte. Il n’a pas de lit. Il a vécu comme ça pendant les trois décennies du Mobutisme. Mobutu les a laissés complètement isolés. Pas de routes, pas d’infrastructures de communication avec le reste du pays et du monde. Le peuple était complètement abandonné à lui-même. C’était vraiment de la misère. Voilà comment on peut punir tout un peuple et ce sont ces mêmes gens, renchéris par les occidentaux - surtout les missions diplomatiques des pays occidentaux chez nous parce que ce sont elles qui dirigeaient notre pays - qu’ils veulent nous voir les associer à notre œuvre libératrice», a déclaré Mzee Kabila!

  1. Se réapproprier le Congo : Le Congo ne peut jamais devenir une puissance, “un Super Congo” si ses inestimables ressources aussi bien du sol que du sous-sol demeurent une « chasse gardée » des puissances occidentales (et de nouvelles puissances émergentes), bref des intérêts étrangers et d’une mince couche des élites locales.Que signifie d’ailleurs le terme “investissement” lorsque nous savons tous que c’est l’argent du Congo qui y est recyclé ?!Mzee Kabila a redressé le Congo avec l’argent propre du Congo ; « Se prendre en charge (comme le guépard, purement chasseur, qui ne mange que la proie qu’il a attrapé lui-même. Il n’est pas charognard» ! « Qui veut que ses affaires soient bien faites, les fasse lui-même », dit-on. Il n’y a que le travail,  la sueur de nos propres fronts, qui changeront notre sort. A titre de rappel, il y a trois espèces de sueur : celle de la maladie, celle de l’étuve, et celle de l’effort et du travail. Cette dernière est la meilleure de toutes.

Fidèle à sa grande vision d’auto-prise en charge, notre Héros National Mzee Laurent Désiré Kabila d’heureuse mémoire, a laissé ce pays sans un seul dollar de dettePendant les 44 mois qu’il est resté au pouvoir, il a très bien amorcé la reconstruction du pays rien que par ses propres efforts et moyens internes. Et cela même pendant la guerre d’agression ! Même la conférence des pays « amis du Congo » et de la Banque Mondiale tenue à Bruxelles en décembre 1997, 7 mois après la prise du pouvoir par Mzee Kabila n’a réuni que 11 millions de dollars seulement pour aider le Congo à se reconstruire après 32 ans de destruction (et ce sont toujours les mêmes miettes qu’on nous propose aujourd’hui et que nos dirigeants accueillent comme une aubaine, comme un bonus pour être un bon élève qui courbe l’échine). Encore que la conférence a décidé de ne pas verser cet argent au trésor public du Congo, voulant d’abord s’assurer que Laurent Désiré Kabila respecterait les droits de l’homme ! « Vous pouvez donc garder vos 11 millions de dollars », a réagi Mzee Kabila. « Et ils m’ont dit: Où est ce que vous allez trouver de l’argent ? » Et moi j’ai répondu : « Je vais trouver l’argent ici au Congo. Le Congo a tout. Qui peut se passer du cobalt congolais ? » (Source : Allocution de Mzee Kabila aux Congolais de Libreville en 1999).

Nous devons nous prendre en charge. Quand nous nous prenons en charge les autres peuples d’Afrique et du monde augmentent leur respect et considération à notre égard. Nous cessons d’être des mendiants et des naïfs tolérants des étrangers à des postes stratégiques et névralgiques de la nation. Et maintenant, parce que les bailleurs de fonds sur qui nous comptons sont aussi affectés par la Covid-19, qu’est-ce que nous allons faire ? Tout gouvernement se mesure devant l’épreuve. Au lieu de pleurnicher, renforçons plutôt les secteurs agricole et touristique par  exemple pendant la crise, ce qui passe par la réhabilitation des infrastructures de base.

  1. Organiser le peuple : le mettre en mobilisation permanente (prise de conscience, autoprise en charge, non à la dépendance extérieure totale ) pour réaliser son unité sans fissures et résister à toutes les tentatives bestiales intérieures et extérieures et velléités hégémoniques balkanisatrices par les forces de la division visant  à l’asservir de nouveau ; et lui confier le pouvoir  (démocratie ou pouvoir au peuple, par le peuple et pour le peuple). 
  2. Créer une industrie puissante pour nous faire respecter :

Le Congo ne peut compter sur une économie basée sur le trafic des poissons, des poulets par les soi-disant opérateurs économiques qui ne feront jamais concurrence aux monopoles étrangers. Il nous faut des usines, de nouvelles technologies, de l’industrie lourde pour fabriquer les véhicules, des armes, des pièces de rechange, une industrie de transformation pour transformer nos ressources sur place et créer des emplois et des marches au profit de notre peuple au niveau local, national, régional, continental et international.

“Comment le Congo peut-il devenir une puissance si nous devons tout importer, y compris les cravates ? Que deviendra le Congo ?”, a ironisé Mzee Kabila (voir discours sur les CPP).

  1. Faire jouer au Congo son vrai rôle de « cœur de l’Afrique», du «moteur et de la locomotive de l’Afrique» sur le plan politique, économique et culturel, et dans le cadre du panafricanisme et de la coopération Sud-Sud sur tous les plans.

“Les indépendances africaines offrent au monde le spectacle tragique d’un continent trahi, pille, humilie et exsangue avec la complicité de ses propres filles et fils. Nous exprimons le vœu de voir  l’Afrique sortir du 20ème siècle guérie de toute velléité de dépendance extérieure, et réaffirmons  que le combat pour l’indépendance et la souveraineté du Congo  concerne tout le continent Africain car notre pays s’est donné  pour vocation africaine d’exporter la paix [et non la domination], la sécurité et le développement. Une République Démocratique du Congo faible, c’est  une Afrique vulnérable à partir de son centre, J’allais dire, c’est une Afrique sans cœur”,  Dixit Mzee Kabila, 3ème Sommet de la COMESA tenu le 29 juillet 1998 à Kinshasa. Et donc, qu'on le veuille ou non, le salut de l’Afrique partira de la RDC, comme Patrice Lumumba et Mzee Kabila l’ont prophétisé.

En guise de conclusion, aimer ce Congo-là de notre vision lumumbiste-kabiliste c’est être 8 choses : (1) être patriote et jaloux de sa souveraineté, (2) être prêt à consentir à tous les sacrifices pour le protéger et le chérir, (3) rester intransigeant face aux complots qui visent l’unité nationale, (4) ne pas bâcler chaque jour son travail, (5) ne pas transformer les rues et les espaces publics en dépotoirs à ciel ouvert, (6) ne pas recourir à la triche pour contourner les lois de son propre pays, (7) s’engager à le remettre sur les rails du développement,  (8) ne pas permettre à ce que le mensonge, la fainéantise, l’hypocrisie, la corruption, les détournements des deniers publics et les prédations financières rongent son pays jusqu’à l’os, bref, aimer son pays c’est un engagement permanent (inspiré par l’exhortation d’un Algérien).

Ce n’est qu’en mettant cette conception des choses en pratique que nous pourrions remobiliser notre peule autour d’un même idéal: ouvriers, paysans, syndicalistes, intellectuels, etc. Il faut que tous ceux qui se sentent opprimés par le système trouvent le sens de la vie et la fierté d’être Congolais chez nous.