Il y a de cela trois décennies que des milliers de kinois descendaient dans la rue, un certain 16 février 1992, pour une marche pacifique dénommée «marche de l’espoir», à l’appel d’une association catholique laïque. Ils revendiquaient la réouverture de la Conférence Nationale Souveraine (CNS). Cette dernière avait pour objectif de faire une évaluation sans complaisance de la situation politique du pays, avec tolérance et justice afin de baliser le chemin de la démocratie et du changement social. C’est dans ce contexte de commémoration que Jean-Marie Ntantu-Mey a retracé quelques repères pour comprendre les faiblesses et la petite histoire de la société civile. Cette dernière, selon lui, a joué un grand rôle au cours de la CNS, puisqu’aucun acteur politique de l’époque ne pouvait accéder à un poste au bureau de la CNS sans l’accord, ni le soutien de la société civile réputée opposante radicale du pouvoir dictatorial de Mobutu.

 

Chers frères et sœurs, élite intellectuelle, faiseurs d’opinions et leaders la Société Civile,

En publiant ce rappel historique de l'organisation de la Société Civile dans notre pays, l'objectif est d'interpeler l'élite intellectuelle pour qu'elle prenne conscience que le salut de la nation congolaise est une affaire de nous tous et non de quelques compatriotes qui font de la politique une carrière ou une profession.

L’on ne peut pas condamner tout le monde à organiser ou à intégrer un parti politique pour trouver un bon emploi ou être promu. Dans ce cas, les études et l'éducation ne serviraient à rien ! Or,  cela semble être le cas pour le moment. Au point que les éminents enseignants, médecins, magistrats et tant de cadres se mettent à genoux devant des acteurs politiques pour jouir de leurs droits tels que les rémunérations ! Il faudrait une franche collaboration entre l'acteur politique, le technocrate et l'intellectuel.

Que chacun travaille et vive suivant ses convictions. L’Etat ne peut plus être otage d'un parti politique ou d'un regroupement des partis politiques autour d'un parti politique présidentiel.

Nos enfants se demandent pourquoi doivent-ils continuer à étudier et surtout à être sanctionnés de bonne ou mauvaise conduite si l'impunité doit être soutenue par beaucoup de parents dirigeants des institutions de l'Etat, patrimoine commun ?

Par ailleurs, que l'on se demande pourquoi beaucoup de partis politiques et associations qui avalaient pris part à la CNS ont disparu ? L’UDPS, le PALU (partis politiques pré CNS), l'ANAPECO et le BAC (ASBL créées avant la CNS) sont parmi les survivants. Même le MPR, grand parti-Etat, dont tout le monde devrait être membre depuis le fœtus de sa mère, est devenu l'ombre de lui-même ! Le PDSC, l’UDI, le FCN et les autres qui avaient fait la pluie et le beau temps, ne rayonnent plus !

L’homme est avant tout esprit. Changeons d'esprit,  c’est-à-dire,  des  mentalités et la RDC sera mieux gérée au bénéfice de nous tous. Chacun vivra bien de son emploi sans courir derrière les fonctions politiques ou les « politiciens ». C'est pourquoi nous avons, durant toute notre vie (par conviction) refusé de créer ou d’intégrer un parti politique.

Nous avons, en 1982 à l'I.P.N (INSTITUT PEDAGOGIQUE NATIONAL), refusé d'être Dirigeant de la JMPR malgré tous les avantages matériels qu'offrait cette fonction en ce temps-là !

Nous avions proposé quelqu'un d'autre qui était élu haut la main grâce à notre aura. C'est NGALASI, encore vivant ici à Kin. Quant aux fonctions dans les institutions de l'État, elles ne sont et ne peuvent pas être une propriété des Dirigeants ou des membres des partis politiques.

Elite intellectuelle, éveillez-vous svp ! En tout état de cause, si toutes les valeurs intégraient les partis politiques, qui interviendraient pour les départager dans leurs nombreuses divergences souvent créés et entretenues pour la conquête ou la conservation du pouvoir ? L’on se plaint d'une CENI politisée mais chacun veut que les ONG et ASBL de la Société Civile soient membres de son parti politique ! Quel paradoxe ?

Que dire de l’organisation de la Société Civile Congolaise 30 ans après la première marche des chrétiens ? Il convient de retenir qu’il n’y a pas plusieurs Sociétés Civiles, il n’y en a qu’une seule ; mais aujourd’hui il n’existe pas un seul Président de la Société Civile comme ce fut le cas à l’époque de la CNS avec Dr NUMBI MUKANKU Elios.

Il y a plusieurs organisations de la Société Civile ayant chacune sa direction, sa philosophie, sa mission, ses objectifs… Personne donc ne peut engager l’ensemble de la Société Civile. Voici alors quelques repères pour comprendre les faiblesses et la petite histoire de la Société Civile et ses situations tumultueuses et conflictuelles. La Société Civile congolaise, qui est un ensemble du peuple congolais et non un regroupement de quelques ONG et ASBL, s'était organisée en structures, à l'occasion de la CNS à partir d'avril 1990.

Ceci, après les consultations populaires organisées par le Maréchal MOBUTU Sese Seko, Président de la République du Zaïre, et dont les conclusions étaient rendues publiques le 24 avril 1990. Depuis lors cette date demeure celle du démarrage du processus démocratique au Zaïre/RDC.

Cette organisation structurée des Forces Vives de la RDC alors Zaïre était dictée par la volonté de différentes Associations aussi bien laïques que religieuses de constituer un front commun pour conquérir une CNS tout en se distinguant du pouvoir dictatorial et de l'opposition constituée des partis politiques anciens (PALU et UDPS) et naissants (FCN, PDSC, UFERI, DCF, Front Patriotique, UDI, ANADER, etc).

En ce moment-là, le MPR en tant que parti-Etat, était confondu au pouvoir dictatorial en place. Et la population dans son ensemble tenait à en finir avec ce pouvoir. Certains partis politiques naissants ont, aux côtés du MPR, constitué les FDU (Forces Démocratiques Unies) pour soutenir le pouvoir et torpiller le processus démocratique ; d'autres se sont organisés en deux plates-formes de l'opposition : l'Union Sacrée de l'Opposition Radicale (USOR) et le Front Uni de l'Opposition (FUO) tandis que le PALU est resté en dehors de ces deux regroupements tout en demeurant opposant au pouvoir de MOBUTU.

La Société Civile présidée par feu Dr NUMBI, Président de l'Ordre des médecins, tout en combattant le pouvoir en place, était restée structurellement 3 indépendante de ces deux plates-formes de l'opposition ainsi que du PALU. Mais,  par la suite, quelques Associations et ONG de la Société Civile, tout en fonctionnant dans l'un ou l'autre de huit groupes sectoriels de la Société Civile, avaient adhéré à l'USOR, malgré l'intransigeance de Feu Dr NUMBI qui ne voulait pas aliéner la Société Civile aux partis politiques ! Ce fut-là, pensons-nous, la première déviation de la Société Civile par quelques-unes de ses organisations qui devinrent complices affichées des partis politiques de l'opposition qui commencèrent à tirer les ficelles à l'ombre et à opposer les animateurs de la Société Civile.

Cette alliance ouverte amena le pouvoir à indexer la Société Civile comme allié de l'opposition radicale.

Toutefois, la force de la Société Civile était due au fait qu'aucune décision ne se prenait sans la consultation de huit groupes qui, à leur tour, étaient en contact permanent avec leurs membres disséminés parmi la population. Comme la Société Civile dans son ensemble était contre le MPR et ses alliés, symbole du pouvoir en place, feu BONGOMBE BOHULU créera une petite aile de la Société Civile, dite « neutre et apolitique » qui, en réalité, soutenait le Maréchal MOBUTU et tout son pouvoir. Mais,  toute la CNS était dominée par la toute puissante Société Civile anti-mobutiste.

Pendant que l'opposition avait peur d'affronter le pouvoir de MOBUTU au Palais du peuple et se réunissait au Centre NGANDA, la Société Civile l'avait convaincue à rejoindre le Palais du peuple où le rapport des forces était par la suite renversé en faveur des Forces du changement. Désormais aucun acteur politique ne pouvait relever la tête ni conquérir un poste au bureau de la CNS ou d'une Commission sans l'accord ni le soutien de la Société Civile organisée avec le précieux concours de l'ONG « Solidarité Paysanne » de Pierre LUMBI.

C'était la belle époque de la Société Civile avec les enfants terribles dont certains « cassaient » le microphone.

Il y avait parmi eux : BAVELA, KIBISWA, NTANTU-MEY, LUTUNDULA, ... Beaucoup d'autres travaillaient surtout au laboratoire ; c'est le cas de Pierre LUMBI, François KANDOLO, Bertin SALUMU, MBUNGU ZATO, Mme Nelly KIWEWA, Dr EBENGA, Fidèle SULUBIKA, Baudouin HAMOULI, Modeste BAHATI LUKWEBO, Modeste MUTINGA (dont les imprimeries avaient payé les frais des hiboux mobutistes qui étaient décidés 4 de détruire tous les supports aux forces du changement), GAZUMBA LAWULA, ESOLOMWANKOY d'Elima, la Référence Plus et Umoja n'avaient pas échappé au razzia des mobutistes désespérés. Cette liste des grands combattants de la Société Civile n'est pas du tout exhaustive.

Parmi les actions de l'apothéose de la force de la Société Civile, nous pouvons citer l'élection de Monseigneur Laurent MONSENGWO PASINYA à la présidence de la CNS, la marche du 16 février 1992 et l'élection d'Etienne TSHISEKEDI à la Primature. L'important ici est de noter que les dirigeants issus de la CNS l'étaient tous, grâce au soutien de la Société Civile. Mais une fois installés, ces mêmes dirigeants seront, comme le MPR et ses alliés, contre l'émergence de la Société Civile.

C'est ainsi que certains de ses leaders seront récupérés par certains partis politiques pour des postes aux différents gouvernements de Transition. Et ceux de la Société Civile qui avaient accédé au Parlement de Transition (HCR et HCR-PT) s'étaient fait, en majeur partie, membres des groupes parlementaires des partis politiques. Et nous avons payé les frais de notre refus d'adhérer à l'un ou l'autre parti politique.

Compte tenu de notre ancienneté, de notre expérience et de notre participation à l'organisation des activités de la Société Civile de notre pays dont nous avons assumé la charge de Secrétaire Rapporteur durant plusieurs années aux côtés du président MWILA MUFIEDI et du Révérend Père KATALAY de l'Eglise orthodoxe, pendant et après la CNS, nous pouvons témoigner ceci, sans crainte d'être contredit : la situation de confusion, de conflits, de déchirement et de déchéance de la Société Civile est due au manque de sincérité, à la pratique continue des intrigues, des tricheries et des coups bas de la part de certains des leaders dont les ambitions et le comportement ne différent en rien de ceux des acteurs des partis politiques.

Il y a un tel manque de scrupule et de moralité que les observations, voir même les critiques, exprimées de mille et une manière à leur endroit, les laissent indifférents et imperturbables. Ils se moquent même de tous ceux qui font de la morale ou en tiennent compte dans leur conduite.

L'on n'a qu'à observer avec beaucoup d'attention les agissements de différents animateurs de la Société Civile, qui se disent leaders ou présidents, pour comprendre la pertinence de notre analyse. ...

Ce dérapage et cette déviation dans le comportement de certains animateurs de la Société Civile avait éclaté pour la première fois pendant la CNS à l'occasion de la rencontre d'IYONDA (une localité de l'Equateur) où certains avaient été accusés, à tort ou à raison, de corruption.

La deuxième fois,  c'était pendant le Conclave du Palais de la Nation qui avait donné naissance à la plate-forme mobutiste appelée « Forces Politiques du Conclave » en sigle FPC et au gouvernement BIRINDWA. Comme le pays avait deux gouvernements, l'un dirigé par Monsieur Faustin BIRINDWA (fonctionnant dans les bureaux de l'Etat) et l'autre par Monsieur Etienne TSHISEKEDI (se réunissant chez lui à LIMETE), deux Parlements (le Conseil Législatif, présidé par M.  ANZULUNI BEMBE et le HCR, Haut Conseil de la République présidé par Monseigneur Laurent MONSENGWO PASINYA) mais avec un seul Président de la République, accepté par tous, le Maréchal MOBUTU SESE SEKO, les FPC et l'USOR furent obligées de négocier pour mettre fin au dédoublement des Institutions Gouvernement et Parlement. Pour participer à ces négociations appelées « Concertations politiques du Palais du peuple » (du 11/09/1993 au 11/01/1994) toute l'opposition fut obligée de se rallier à l'USOR et la Société Civile à se ranger derrière l'USOR ou les PPC.

Malgré le refus et la résistance de certains animateurs de la Société Civile, celle dont Monsieur MWILA MUFIEDI était Président et Jean-Marie NTANTU-MEY, Secrétaire-Rapporteur, adhéra au schéma de la bipolarisation en qualité de partenaire de l'USOR. Cette dernière s’était beaucoup réjouie de cette attitude de la Société Civile dont elle tira un grand profit vis-à-vis des FPC qui étaient isolées de presque toute la population.

Lorsque nous constaterons que la plate-forme regroupant l’USOR, le reste de l'opposition dont AFICI de NSINGA UDJU et la Société Civile s'appelait USORAL, c'est-à-dire USOR et Alliés, nous proposerons la dénomination de USORAS (USOR, Alliés et Société Civile) pour garder une autonomie et une coordination interne de la Société Civile et nous distinguer ainsi de l'USOR et de ses alliés politiques.

Mais,  notre point de vue sera combattu par les délégués de la Société Civile membres de différents partis politiques. C'est ce qui nous incitera à créer l’OFIS (Organisation des Forces Indépendantes de la Société Civile) tout en demeurant membre de l'USORAL.

Nous présenterons ce projet à Mgr MONSENGWO (Modérateur des Concertations politiques du Palais du peuple) et à Monsieur Etienne TSHISEKEDI, chef de file de l'opposition (Cfr coupures de presse et bandes cassettes vidéo disponibles). L'OFIS avait et garde jusqu’aujourd’hui pour objectif le rassemblement des Associations et des personnalités ne militant dans aucun parti politique pour sauvegarder l'indépendance de la Société Civile et perpétuer l'esprit de la CNS (voir détails dans le prospectus de l’OFIS et plusieurs coupures de presse).

Les Concertations politiques du Palais du peuple s'étant terminées en queue de poisson, suite au refus des FPC d'accepter TSHISEKEDI comme Premier Ministre après que l'USORAL ait accepté l'intégration du Conseil Législatif dans le HCR devenu HCR-PT (Haut Conseil de la République - Parlement de Transition) et le maintien du Président MOBUTU à son poste, les FPC et les Alliés de l'USOR, dirigés par le Président NSINGA UDJUU signèrent solennellement les « Accords » du Palais du peuple en présentant le professeur MULUMBA LUKOJI comme candidat Premier Ministre de l’opposition à la place de TSHISEKEDI WA MULUMBA. Après quelques jours et plusieurs tractations, certains délégués de l'USOR (à l'issue d'un accord résultant d'une réunion de son bureau élargi) et de la Société Civile, signèrent aussi les mêmes « accords » du Palais du peuple (Cfr. Signatures dans le protocole d'accord du Palais du peuple).

Le troisième groupe de l’USORAL conduit par le Chef de file, M.  Etienne TSHISEKEDI, signa ce même protocole d'accord plus tard dans l'espoir de conserver le poste de Premier Ministre.

Chose curieuse, ce protocole d'accord signé par ces derniers n'a jamais été rendu public.

Cette signature du protocole d'accord du Palais du peuple, en trois temps par l'opposition divisa l’USORAL et la Société Civile, alliés à l'opposition jusqu'à l'arrivée de FAFDL. 7 La Société Civile de son côté se divisera en cinq sous- groupes suivants :

-OFIS, dirigé par Monsieur Jean-Marie NTANTU-MEY, Mme Marie-Josée MIKABA et Me MUKUNA,

-La Société Civile des Forces du changement,

- La SOCIZA/SOCICO, membre des FPC,

-La Société Civile USORAL/TSHISEKEDI,

-La Société Civile USORAL/KIBASA, Pendant la guerre de l'AFDL, sur initiative de Monsieur Jean-Marie NTANTU-MEY, Jean-Marie RUSIMBUKA et Modeste BAHATI LUKWEBO, plusieurs animateurs de la Société Civile, anciens de la CNS, s'étaient regroupés au sein de la Société Civile issue de la CNS pour soutenir les négociations entre le Président KABILA et les forces politiques internes, représentées par le Président MOBUTU et l'opposition dans son ensemble, sous la médiation de Mgr Laurent MONSENGWO PASINYA. Malgré la réhabilitation de Mgr MONSENGWO à la présidence du HCR-PT, ce schéma avait échoué et l’AFDL était arrivée tel que nous le savons tous.

Sous le régime de Mzee Laurent-Désiré KABILA, la SOCIZA devenue SOCICO et qui avait des statuts reconnus depuis le gouvernement KENGO, va jouir de l'appui de l'autorité en se présentant comme étant « l'organisation de l'ensemble de la Société Civile congolaise ». Elle va convaincre le gouvernement KABILA à n'autoriser la réunion d'aucun autre regroupement de la Société Civile sans son accord préalable à elle la SOClCO.

C'est ainsi qu'un séminaire initié par le CNONGD sous la conduite de Monsieur Baudouin HAMULI, Secrétaire Exécutif, sera interdit d'abord et autorisé ensuite,  après affrontements dans la presse accompagnés de tractations avec les membres du gouvernement et l'Hôtel de ville de Kinshasa.

Par la suite, le CNONGD initiera la mise en place d'un Secrétariat Technique du Comité de suivi de la Société Civile de la RDC.

Pour mettre fin à la confusion et casser la bipolarité de la Société Civile, créées par la SOCICO et la Société Civile de la RDC/Secrétariat Technique du Comité Civile de suivi, au nom du BAC et de l’OFIS, Jean-Marie NTANTU-MEY va promouvoir la création du Comité de Concertation de la Société Civile (CCSC) avec l'appui du Président de la LINADHO (Ligue Nationale des 8 Droits de l'Homme), l'Honorable bâtonnier B. MOKA NGOLO, et du Secrétaire Général de la FGTK (Fédération Générale des Travailleurs du Congo), de Feu Ambassadeur Raphaël BINTOU-A-TSHABOLA.

A ces trois,  se joindront le Secrétariat Général de la Conférence épiscopale du Congo, l'Eglise Kimbanguiste, l'Eglise Orthodoxe, Monsieur BAZEYE, Président du CNONGD, Jérôme BONSO, Président de la LINELIT, le Groupe d’Action pour le Renouveau et le Développement du Bandundu (GARDB), Mme Dr SOMBO SAFI , Mme AMAYO... pour former le collège des initiateurs du Comité de Concertation de la Société Civile.

Le Comité de Concertation de la Société Civile s'est assigné deux missions : la résolution de tout problème au sein de la Société Civile par la concertation et le regroupement des ONG et Associations suivant les huit groupes traditionnels de la CNS représentant les différents secteurs de la vie nationale.

C'est dans le cadre de reconnaissance mutuelle de ces trois grands courants de la Société Civile (SOCICO, STSC et CCSC) qu'un accord consensuel était trouvé le 18 mai 2001 pour la désignation de deux représentants de la Société Civile à la réunion préparatoire du dialogue national prévu pour le 5 Juin 2001 à Cotonou. Pour rappel, la délégation était constituée du Dr Pierre Anatole MATUSILA, membre de la STSC et de Monsieur Bernard KASUSULA, membre de la SOCICO.

Le Comité de Concertation de la Société Civile s'était abstenu de désigner quelqu'un des siens pour éviter le blocage et favoriser le consensus et l'harmonie entre les trois courants.

Mais,  à ces deux délégués s'ajoutera Mme Marie-Madeleine KALALA (du Secrétariat Technique) au lieu de Mme Dr SOMBO SAFI du CCSC pour le quota supplémentaire sollicité pour la femme. Pour sauver l’image de la Société Civile, le Comité de Concertation concéda une fois de plus cette place qui devait revenir à Madame Dr SOMBO SAFI de son groupe. Lors du choix des délégués pour Gaborone et sa suite, aux trois courants précités il s'est ajouté la CONOCO de Georges  KOMBO Tonga Booke. 

  1. Mais alors, en lieu et place de l'esprit de consensus qui avait prévalu à l'époque de Cotonou, l’on avait assisté à des bagarres, des tricheries et des intrigues de tout genre.

A la suite de vraies ou fausses accusations de corruptions portées contre les délégués de la Société Civile à Gaborone, un groupe du Secrétariat Technique de la Société Civile, qui n'est qu'un des regroupements de la Société Civile, exclut  certains des  ses membres de la délégation au dialogue national.

Ceux-ci étaient tout de suite après réhabilités par un autre groupe du même Secrétariat Technique de la Société Civile ; c'est alors que l'on parle de la nécessité de réconciliation de la Société civile !

La délégation de la Société Civile pour le dialogue de Sun City était constituée de représentants de ces différentes plates-formes citées ci-haut. Il convient de signaler qu'à côté de ces quatre regroupements, il est né la Coordination des Ordres Professionnels Traditionnels du Congo constituée de l’ordre des médecins, l'ordre des avocats, l’ordre des pharmaciens et de la Société des architectes présidée par le bâtonnier MBUYI MBIYE.

Après Sun City, la Société Civile avait géré son quota indépendamment des partis politiques. En plus d’institutions d’appui à la démocratique, elle avait un quota pour le Parlement, le Gouvernement, les Ambassades et les Entreprises publiques. C’est ainsi par exemple, Mgr MARINI BODHO était désigné Président du Sénat au nom de la Société Civile de la province Orientale, M. l’Abbé Apollinaire MALUMALU au nom de la Société Civile du Kivu était copté Président de la C.E.I (Commission Electorale Indépendante). Depuis les élections de 2006 jusqu’à ce jour, la Société Civile a perdu son autonomie. Ses animateurs passent par les partis politiques pour obtenir une quelconque fonction dans n’importe quelle institution, même celles d’appui à la démocratie : CNSA, CENI, Commission des Droits de l’Homme et CSAC. Aujourd’hui la Société Civile a 3 grandes tendances :

  1. Proche du pouvoir (UDPS, CASH, PPRD)
  2. Proche de l’Opposition (G7 ou LAMUKA)
  3. Indépendante.

Les OSC qui étaient proches de l’Opposition d’hier (UDPS ou RASOP) sont écartelées entre le pouvoir (FCC CASH) et l’Opposition (G7 ou LAMUKA).

Notre avis : une vraie organisation de la Société Civile (OSC) doit être indépendante et fédératrice : soutenir les actions positives et les idées constructives du pouvoir et de l’Opposition pourvu que cela soit bénéfique à la population.

Car, les membres d’une même OSC sont libres d’avoir chacun son parti politique comme chacun a son Eglise. Mais,  ils sont tous membres d’une même famille sociologique ou biologique. Les enseignants de différents partis politiques sont dans un même syndicat pour défendre leurs intérêts professionnels.

C’est cette philosophie qui guide le BAC, l’OFIS, l’Alliance de leaders de la Société Civile et le Comité de Concertation de la Société Civile dont Jean-Marie Ntantu-Mey est promoteur.

Il faut donc retenir qu’après le dialogue intercongolais de Sun City, il existait cinq grandes structures qui, du reste, s’étaient concertées pour l'organisation du Forum National de la Société Civile et y ont participé activement. Aucune de ces structures n'avait préséance sur les autres.

Il s'agit de :

-Coordination des Ordres Professionnels Traditionnels (COPTC)

-Comité de Concertation de la Société Civile

-Société Civile du Congo (SOCICO)

-Secrétariat Technique de la Société Civile (STSC)

-Confédération Nationale des ONG du Congo (CONOCO)

-Organisation des Forces Indépendantes de la Société Civile (OFIS)

Par ailleurs, pour demeurer la boussole de l'idéal de la Société Civile, l'OFIS, qui est à la base de la création du Comité de Concertation de la Société Civile, continue à fonctionner conformément à ses objectifs (Cfr.  le prospectus de l'OFIS pour de plus amples renseignements).

L’on pourrait laisser fonctionner parallèlement les plates-formes, courants ou sensibilités pour permettre aux gens de se mouvoir selon leurs affinités ou opinions et éviter de retomber dans les exclusions qu’on a connues par le passé.

L’on devrait cultiver l’esprit de tolérance et accepter la  divergence d’opinions politiques et religieuses dans la Société Civile sans en faire un regroupement politique.

Les raisons qui avaient milité pour une alliance de la Société Civile avec l’opposition au régime MOBUTU n’étant plus en vigueur, à l’instar des Sociétés Civiles d’autres pays, la Société Civile de notre pays devrait favoriser les relations de partenariat avec le gouvernement dans l’intérêt supérieur de l’ensemble de la population.

Car,  tout gouvernement et tout Etat travaillent en principe pour tout son peuple et non pour les militants d’un parti ou d’un regroupement politique. Pour terminer, nous tenons à attirer l’attention de l’opinion tant nationale qu’internationale à ne pas limiter la Société Civile de la RDC à ces quelques plates-formes citées ci-haut.

Car,  il existe plusieurs associations aussi bien de l’intérieur que de la capitale qui ne font partie d’aucune de ces structures. Et elles ne sont nullement obligées d’y adhérer.

Kinshasa, le 16 février 2022

Jean-Marie Ntantu-Mey

Notable & Doyen de la Société Civile