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CE JOUR-LA... 19 février, comme aujourd'hui...

Le 19 février 2019, le Patriarche Abdoulaye Yerodia Ndombasi décède à l’Hôpital du Cinquantenaire de Kinshasa. Il était alors âgé de 86 ans.

Il a été Directeur du Cabinet du Président Laurent Désiré Kabila, son ministre des Affaires étrangères, Vice-Président de la RD Congo sous la transition de 2004 et Sénateur depuis 2006.

Il était, jusque peu de temps avant sa mort, membre d’honneur de deux associations psychanalytiques connues au monde : l'une, française, l'Ecole de la cause freudienne (dont Jacques Lacan fut président); l'autre, internationale, l'Association mondiale de psychanalyse.

Abdoulaye Yerodia est né le 5 janvier 1933, dans l’ancienne province du Bas-Congo (Kongo Central aujourd’hui).

Dans les années 60, l’époque où les rebellions marxistes pullulent dans le bassin du Congo et où l’heure est à la lutte contre l’indépendance, il s’engage dans les mouvements rebelles lumumbistes. C’est d’ailleurs au cours de cette période qu’il fait la connaissance de Laurent Désiré Kabila.

En décembre 1960 (soit 6 mois après l’accession du pays à l’indépendance), Abdoulaye Yerodia débarque à Paris (ici, les intimes l’appellent "Abdou"). Il devient chauffeur du célèbre maître psychanalyste Jacques Lacan. C’est d’ailleurs ce dernier qui lui donne le goût de la psychanalyse. Il s’inscrit alors à l’Université de la Sorbonne d’où il sortira avec un diplôme de Docteur en philosophie.

Contrairement aux autres jeunes étudiants révolutionnaires et maoïstes qui entourent Lacan ces années-là, Yerodia avait déjà participé à des campagnes de guérilla dans son Congo natal. Il se comptait même parmi les camarades de Che Guevara. Cela l'aida à faire partie du cercle restreint de Lacan.

Au cours de ce temps qu’il passe aux côtés de Jacques Lacan, il se lie d’amitié avec la secrétaire de ce dernier, Gloria Gonzales (fille d'un républicain espagnol disparu en 1936). Ils finissent par se marier en 1967. C’est d’ailleurs au couple Abdoulaye-Gloria qu’on confiera, à la mort de Lacan, les clés du futur Musée Lacan. Durant tout son séjour parisien, il se réclame de l’opposition et ne mettra jamais ses pieds au pays.

En 1997, après 30 ans d’opposition, Yerodia récolte les fruits de sa fidélité au clan Kabila. Le père en fait son Directeur du cabinet, puis son ministre des Affaires étrangères. C’est d’ailleurs au cours de cette période qu’il a beaucoup fait parler de lui à travers des discours virulents qu’il tenait à l’encontre des Rwandais (lors du déclenchement de la rébellion du RCD, soutenue par le Rwanda). "Ce sont des microbes qu'il faut qu'on éradique avec méthode", ou encore "Ils risquent de connaître la triste expérience des juifs : ils sont perfides, brutes, rancuniers et sanguinaires".

Il sera vite accusé de crimes contre l'humanité, atteinte à la vie, atteinte à la liberté et autres persécutions en Belgique.

Un mandat d’arrêt international sera d’ailleurs émis en avril 2000 par un juge d’instruction Belge à son encontre.

Cependant, le mandat sera vite annulé (en février 2002) en raison d’une décision de la Cour internationale de justice qui estimait qu’en tant que ministre des Affaires étrangères en exercice, Yerodia ne pouvait être poursuivi par les tribunaux d’un pays tiers.

En 2003, à l’issue du Dialogue intercongolais, Yerodia fait partie des quatre vice-présidents de transition du pays jusqu’aux élections de 2006. Elu, Joseph Kabila fait de lui un des dirigeants de son parti, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD). Il est alors élu Sénateur, position qu’il avait jusqu’à sa mort.

Benjamin Babunga/CP

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