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*Signé le 21 mars 2018, l’Accord portant création de la zone de libre-échange continentale africaine, ZLECAf en sigle, est entré en vigueur le 1er janvier 2021 alors qu’en même temps, le Président de la RDC, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo occupe la présidence de l’Union Africaine, avec comme mission d’asseoir les fondements de la nouvelle économie africaine.

Dans ce contexte, Albert Lutete Mvuemba, Chercheur Economiste Indépendant, interrogé à ce sujet, éclaire l’opinion sur les vrais enjeux, les perspectives ainsi que les défis de cette réforme économique qui aura certainement un impact sur la situation sociale du peuple congolais. Dans un langage clair et accessible à tous, il se déchaîne, cerne les contours de la problématique de cette réforme économique et avance des idées sur des pistes susceptibles d’être exploitées. A lire cet entretien, l’on aurait intérêt à y trouver de la matière dont le tout nouveau Premier Ministre, Sama Lukonde Kyenge, ainsi que l’ensemble de son gouvernement auraient, sans nul doute, besoin lorsqu’il sera question, très prochainement, d’élaborer, d’enrichir et de prononcer le Discours-Programme en vue d’obtenir l’investiture au niveau du Parlement.
La Prospérité : Comment peut-on définir la zone de libre-échange continentale africaine, en sigle Zlecaf ?
Albert Lutete Mvuemba : La zone de libre-échange continentale africaine est un marché unique intégrant tous les pays africains.
Conformément aux dispositions de l’article 3 de l’accord du 21 mars 2018, la Zlecaf vise à : (a) créer un marché unique pour les marchandises et les services par la promotion de la liberté de circulation des personnes ; (b) créer un marché africain des capitaux en facilitant les investissements qui s’appuient sur les initiatives des États parties et les communautés économiques régionales (CER) ; (c) poser les bases de la création d’une union douanière et monétaire continentale à un stade ultérieur.
La Pros : Quels sont les enjeux qui traduisent la portée historique de cette réforme ?
ALM : La Zlecaf est susceptible de transformer le continent africain grâce à son marché potentiel de 1,2 milliard de personnes, et son PIB combiné d’environ 3.000 milliards de dollars américains pour les 54 États membres de l’UA.
Quoique sur le tard, la Zlecaf vient résoudre le problème de forte fragmentation des pays en territoires enclavés et aussi une multitude des organisations régionales qui se chevauchent sans une intégration véritable.
Par ailleurs, la Zlecaf constitue une stratégie de sortie de la récession consécutive à la pandémie de Covid-19.
A tout prendre, la Zlecaf vient répondre au vœu exprimé par le peuple congolais dans le préambule de la Constitution du 18 février 2006, de voir tous les Etats africains s’unir et travailler de concert, en vue de promouvoir et de consolider l’unité africaine à travers les organisations continentales.
La Pros : L’opinion nationale redoute le danger et risques de voir les richesses de la RDC davantage pillées en adhérant à la Zlecaf ?
ALM : Le processus d’implémentation de la Zlecaf n’est pas un saut périlleux vers l’inconnu. En fait, les instruments de mise en œuvre progressive existent pour permettre de négocier tous les aspects d’intégration. Ainsi, les Etats parties doivent signer des Protocoles, notamment sur le commerce des biens et des services, les investissements, les droits de propriété intellectuelle, la politique de concurrence. De même, les procédures relatives au règlement des différends sont bien définies. Chaque pays va participer aux négociations qui pourront définir le fonctionnement du marché unique.
La Zelcaf ne va pas étouffer les initiatives des Etats parties en matière économique.
Au contraire, le Zlecaf vient opportunément aider les pays africains à s’organiser pour faire face à la concurrence des pays de l’Union Européenne avec lesquels ils sont en zone de libre-échange dans le cadre des nouveaux accords de partenariat économique.
La Zlecaf va équiper les pays africains pour éviter les conséquences de ce partenariat inégal.
La Pros : Comment la Zlecaf peut-elle susciter la croissance économique des pays Africains ?
ALM : Zlecaf doit partir de la base de chaque pays, par des actions volontaristes de chaque gouvernement visant la réduction des coûts commerciaux, financiers et fiscaux, afin de rendre les entreprises nationales assez compétitives pour aller vers des marchés africains.
Sur le plan économique, l’Union Africaine matérialiserait l’intégration dans un plan supranational de développement décennal, sous-tendu par la fixation des politiques publiques, des objectifs chiffrés, des moyens, des stratégies (DSRP) et mesures de performance (IDH) à suivre par les plans nationaux, en fonction du potentiel de croissance de différents pays. Ces orientations générales pourront entraîner la mutation profonde de l’ensemble des structures de production, les complémentarités, en même temps que les économies d’échelle, l’union monétaire, la protection de l’environnement, le coopératisme ou la maximisation du contenu communautaire, et toutes les autres actions susceptibles de créer le plus de valeur ajoutée à l’échelle continentale.
La Pros : Quelle serait la meilleure stratégie pour la mise en application de la Zlecaf ?
ALM : il faudrait sensibiliser les grands pays ayant un fort potentiel économique tels que, la RDC, l’Egypte, l’Algérie, l’Ethiopie, République Sud-Africaine, le Nigeria et la Tanzanie.
Ces pays sont appelés à restructurer leurs économies afin d’accroître la compétitivité de leurs entreprises dans l’objectif d’augmenter leur production, bénéficier des économies d’échelle, relever le volume des échanges et diffuser la croissance dans les autres pays limitrophes.
A cet effet, il faudrait engager des réformes vigoureuses suivant quatre axes stratégiques :
- Transformation des structures socioéconomiques héritées de l’époque coloniale, aux fins de diversifier l’économie au-delà de l’exportation des matières premières vers les anciennes métropoles ;
- Réforme fiscale par la suppression des taxes non rentables qui alimentent plus les tracasseries qu’elles raffermissent la trésorerie de l’Etat ; dans le même lot, la parafiscalité et autres paiements destinés à financer, de manière exponentielle, des projets d’investissements publics, prélèvements inscrits dans la structure des prix pétroliers, les cotisations obligatoires, droits d’enregistrement, frais administratifs couvrant le budget de fonctionnement des ministères qui alourdissent les charges d’exploitation des entreprises ; restitution de la totalité des recettes aux clubs sportifs et leur restructuration en sociétés coopératives ;
- Rationalisation et modernisation de l’Administration publique par la redéfinition des cadres organiques, compression des effectifs et réinsertion sociale du personnel pléthorique à travers les sociétés coopératives à promouvoir dans différentes branches économiques ;
- Liquidation des entreprises publiques actuellement en faillite parallèlement à la création d’un fonds souverain en vue de la participation de l’Etat dans les secteurs économiques porteurs ou stratégiques.
Mais fondamentalement, il faudrait reconsidérer l’option économique libérale qui a, de manière malencontreuse, exacerbé les travers du dirigisme par le maintien d’un secteur public déficitaire, ainsi que les excès du marché par le bradage des ressources nationales. On ne peut raisonnablement pas appliquer une politique libérale sur des populations foncièrement communautaires.
La Pros : Est-ce que la Zlecaf peut-elle susciter le développement du secteur agricole en Afrique ?
ALM : Oui, c’est une opportunité parce que l’Afrique dépense actuellement près de 40 milliards de dollars par an pour l’importation de la nourriture. Et particulièrement pour la RDC, cette dépense avoisine la bagatelle de 2 milliards de dollars.
Etant donné que le rendement agricole est trop faible en Afrique, il serait difficile qu’elle puisse concurrencer les autres continents.
Le secteur de production vivrière évolue en mode de gestion de la nature : sans marché structuré, sans autorité de régulation, sans contrat de production, sans contrat de vente, sans titrisation des stocks.
A titre d’illustration, les rendements de la culture du maïs en 2025 s’élèveront à 2,7 tonnes/hectare en Afrique sub-saharienne contre près de 12 t/ha aux Etats-Unis, tandis que pour le riz, ils atteindraient en moyenne 12,4 t/ha en Australie contre 1,6 t/ha en Afrique.
La Zlecaf devrait contribuer à la définition d’une politique agricole commune, basée sur la promotion des coopératives agricoles à la perspective de professionnaliser les agriculteurs et les agents du secteur informel en vue de l’exploitation des chaînes de valeurs, spécialement dans le milieu rural. Le défi sera d’organiser le commerce interrégional des denrées alimentaires, des produits transformés et d’intrants agricoles.
C’est une urgence dans le contexte de récession consécutive à la pandémie de Covid-19 qui a perturbé les chaînes internationales d’approvisionnement en produits alimentaires et médicaments. Sans répliquer la théorie malthusienne de catastrophe humanitaire, l’Afrique est sous la menace d’une grande famine, si chaque Etat ne mettait pas en place la production locale des denrées alimentaires et, globalement, si la Zlecaf ne boostait pas le commerce des produits agricoles.
La Pros : Comment le système coopératif pourra-t-il contribuer à l’avènement de l’accord de la Zlecaf ?
ALM : le système coopératif permettra de professionnaliser les 80% des populations qui évoluent dans le secteur informel, particulièrement les 75% de la population active qui est dans le secteur agricole.
Il serait impérieux de transformer les structures économiques suivant la ligne d’action coopérative, notamment :
- Formation permanente et vulgarisation des techniques modernes ;
- Coopération agricole ;
- Création d’un système financier dans le monde rural.
A travers le mouvement coopératif, les PME et PMI africaines pourront adopter des réformes managériales qui boosteront leur productivité face aux produits étrangers, étant donné la tendance incontournable de mondialisation et d’intégration régionale (CEEAC, COMESA, SADC…).
C’est pourquoi, nous avons créé notre Centre de recherche pour la promotion de l’économie coopérative et solidaire, en sigle (CERPECS) qui peut aider le gouvernement à monter des projets coopératifs dans le cadre des zones économiques spéciales. Nous avons conçu des projets combinés de coopératives agricoles, des coopératives de consommation, les coopératives de santé et celles d’épargne et investissement à installer dans tous les territoires de la RDC.
La Pros : Est-ce que vous avez un exemple de pays qui ont progressé en recourant au système coopératif ?
ALM : On peut citer l’exemple de la Suisse et de l’Etat d’Israël. En effet, l’État d'Israël est fondé sur la doctrine coopérative. Toute la vie sociale est organisée par les sociétés coopératives appelées Kibboutz. Les kibboutz sont des coopératives constituées suivant le modèle des apôtres de Jésus-Christ selon la Bible (dans les Actes des Apôtres 4: 32-34). En effet, les apôtres ont inspiré les coopérateurs israéliens à vivre dans l'unité de cœur et d’esprit. Ensemble, ils ont créé leurs unités de production et un système de redistribution équitable d'après la devise : un pour tous et tous pour un. Il n'y avait aucun indigent parmi eux. A travers les sociétés coopératives, les chrétiens d'aujourd'hui peuvent monter des entreprises viables, respectant l'éthique chrétienne et qui bâtissent la solidarité des hommes intègres…
La Pros : Quel message doit-on retenir de cet entretien en guise de conclusion ?
ALM : L’Afrique est à la croisée des chemins et doit aujourd’hui prendre le tournant décisif vers son développement socio-économique. Dans sa recherche d’une voie de sortie de la crise aggravée par la pandémie de COVID-19, elle devrait implémenter la Zlecaf suivant la vision d’une nouvelle société prospère et pacifique, fondée sur le panafricanisme, le droit et la justice.
En fait, le monde se trouve devant une quatrième révolution industrielle qui se résume en sept grandes tendances suivantes : intelligence artificielle, robotique, objets connectés, véhicules autonomes, impression 3D, nanotechnologie, biotechnologie…
Tous les pays doivent s’équiper sur le plan scientifique, technologique, politique, économique et stratégique pour prendre part à cette compétition internationale. Pour ce qui nous concerne, le système coopératif va permettre d’asseoir la base d’intégration économique africaine à partir des communautés villageoises pour remontrer au niveau provincial, national, régional et continental.
Ainsi, nos villages deviendront des véritables pôles du développement économique.
Le système coopératif sera le levier de gouvernance des pays africains et les coopérateurs s’afficheront en tant qu’agents de développement.
Assurément, la maîtrise de la nouvelle donne économique serait dans la restauration du communautarisme millénaire africain à travers le système coopératif moderne. Il faudrait, bien plus, une révolution morale à la lumière des enseignements salutaires de Jésus-Christ.

Propos recueillis par La Pros.

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