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*Ce 24 janvier 2020, Félix Antoine Tshilombo Tshisekedi totalise une année à la Présidence de la RD Congo, depuis ce jour (mémorable et caniculaire) de 2019 où s’est effectuée la passation des pouvoirs avec Joseph Kabila, son prédécesseur, qui se retirait après 18 années tumultueuses passées au Palais de la Nation.

365 jours d’apprentissage de l’exercice du pouvoir, marqués par une communication désastreuse et des relations ambiguës au sein de la coalition de gouvernement CACH-FCC. Mais surtout, une année des promesses en l’absence du moindre frémissement d’un début d’amélioration du bien-être social.

C’est indéniable. L’arrivée du fils Tshisekedi au pouvoir a suscité beaucoup d’espoirs. Peut-être même un peu trop. Dans les milieux de la vieille opposition campée par l’UDPS, c’était le couronnement de la longue lutte d’Etienne Tshisekedi pour la démocratie et l’Etat de droit. Le « changement » tant attendu s’était finalement réalisé. Aussi bien la jeunesse que les vieux caciques du parti entrevoyaient enfin, le bout du tunnel, dans la perspective des emplois pour tous après, pour ces derniers, plus de 36 ans passés à user leurs chaussures sur la route de Limete, écrasés sous la chape de plomb d’un chômage de trois décennies.

Le « changement » était, certes, arrivé, mais pas de la manière qu’on l’aurait souhaité dans les cercles des oracles tshisekedistes. La victoire controversée de Félix Tshisekedi à la présidentielle de décembre 2018 avait un goût amer : la famille politique de son prédécesseur s’était adjugée, dans un raz-de-marée sans précédent, la majorité absolue dans les deux chambres du Parlement ; elle l’avait emporté dans 90 pourcents des assemblées provinciales et 9 gouverneurs sur 10 étaient de l’obédience de Joseph Kabila.
Pour Fatshi, les promesses de campagne s’écroulaient (Moi Président, Kamerhe sera mon Premier Ministre). L’heure était venue d’opérer un choix cornélien : opter pour une cohabitation et se trouver réduit à inaugurer les chrysanthèmes, ou composer avec l’ennemi d’hier dans une coalition gouvernementale et sauver la face. Il retiendra la deuxième option, au grand dam des radicaux de l’UDPS forcés, bien malgré eux, à avaler les couleuvres de la realpolitik à l’africaine.

La coalition CACH-FCC naît dans la douleur. A tous points de vue, le Front Commun pour le Congo mène la danse : la poignée des députés de l’UDPS et Alliés diluée sans autre forme de procès dans la majorité parlementaire, un Premier ministre issu de l’ex-parti présidentiel est désigné (Kamerhe se consolera à la direction du cabinet du Chef de l’Etat) ; de longues tractations accouchent enfin, au bout de huit mois, du gouvernement de la coalition CACH-FCC au sein duquel l’ancienne majorité présidentielle se taille la part du lion avec pas moins de 60 % de portefeuilles ministériels. Elle parvient même à arracher des ministères stratégiques (Finances, Défense, Justice, Mines, etc.), au grand étonnement des néophytes des questions congolaises.

FCC-CACH : je t’aime, moi non plus
En dépit de tout, l’invraisemblable attelage CACH-FCC chemine tant bien que mal, au gré de remous inhérents à un mariage d’intérêts pas nécessairement convergents. Fatshi le reconnaît volontiers à chacun de ses discours, une façon, pour lui, de calmer les truculences et débordements de langage de ses proches, dont Jean-Marc Kabund (Président de l’UDPS) qui, quoique hissé au rang de premier vice-président de l’Assemblée nationale, éprouve des difficultés à se départir des oripeaux de « parlementaire - debout » primaire.
Il doit, en outre, composer avec les mouvements d’humeur au sein de son parti, nés de la composition même du cabinet présidentiel, encombré de cohortes de « conseillers » aux compétences improbables, recrutés dans la diaspora congolaise au détriment de combattants de terrain de longue date et qui forment une nouvelle classe d’apparatchiks intouchables.

Pour la plupart, ils apportent pour tout bagage intellectuel, le privilège d’avoir connu Félix au cours de sa traversée du désert dans les allées sinueuses de Bruxelles. Le même phénomène se retrouve au gouvernement, où certains ministres ont du mal à convaincre, d’où des « incompréhensions » et libertés avec les textes, entraînant ainsi des interventions musclées du Premier ministre Ilunga, pour limiter les dégâts.
Ecartelé entre des voyages fréquents à l’étranger, une économie à la limite de la rupture, des salaires des cabinets ministériels impayés, des menaces de grèves à répétition de la quasi-totalité des catégories socio-professionnelles et les tueries dans la partie orientale du pays ; des chantiers routiers lancés à la va-vite et les colères des milieux estudiantins, Fatshi doit faire face aux foudres de sa propre famille politique qui l’accuse de s’être éloigné de son parti, abandonné entre des mains inexpertes des cadres aux positions souvent contradictoires.

Pendant ce temps, ses alliés du FCC affûtent leurs armes et gardent en ligne de mire, les échéances de 2023. N’hésitant pas à agiter l’épouvantail du retour aux affaires de leur champion. Entre retraites politiques et restitutions auprès de l’Autorité morale, le PPRD et sa légion d’alliés garde l’initiative et pousse la plupart du temps les communicateurs de l’opposition à la faute, et à se lâcher dans des diatribes kafkaïens sous les caméras des médias stipendiés.

Une communication désastreuse
La fracture entre Fatshi et sa «base», d’une part, et de l’ensemble de la population, d’autre part, est la conséquence de graves dysfonctionnements de son instrument de communication.
Par exemple, quand éclate le scandale de la disparition des caisses du Trésor public des 15 millions de dollars destinés à la profession pétrolière, imputée à son Directeur de cabinet Vital Kamerhe, des déclarations contradictoires jettent durablement brouillard, trouble et doute sur sa volonté affichée de lutter contre les antivaleurs, dont le détournement des deniers publics.
A un mois de la commémoration de l’An 1 de l’alternance, un groupe de ministres se réunit au ShowBuzz et prend une curieuse résolution, celle de célébrer la journée du 24 janvier 2020 avec faste.

Cerise sur le gâteau, il sera émis, à l’occasion, un billet de banque commémoratif n’ayant pas valeur commerciale, et qui porterait les effigies de deux partenaires de l’alternance à savoir : Fatshi et…Joseph Kabila. Coût des réjouissances : 6 millions de dollars.
La nouvelle fait bondir et soulève un tollé général. L’affaire est portée en Conseil des Ministres qui recule. L’initiative des courtisans intéressés est rejetée. L’on annonce des manifestations au coût modeste et des actions en faveur des couches vulnérables. Mais, la question est demeurée sans réponse : jusqu’à quel point Fatshi était-il informé ? Difficile, en effet, de croire que son ministre de l’Intérieur et ses collègues aient agi de leur propre chef.

Ici, comme lors de l’affaire ayant impliqué son conseiller chargé des affaires administratives dans une escroquerie autour d’une concession diamantifère dans le Kasaï, la stratégie se répète : motus et bouche cousue. Le dénommé Lobo passera bien quelques jours à Makala mais, il a depuis repris ses fonctions sous les lambris de la Présidence.
Dernière bourde en date enfin: la visite du chef de l’Etat aux policiers «blessés » lors des échauffourées sur le campus de Kinshasa. L’opinion s’est fortement émue de voir circuler sur les réseaux sociaux Fatshi remettant des «enveloppes» aux membres des forces de l’ordre étendus sur leurs lits d’hôpital.

L’on apprendra avec stupeur que chacun d’eux avait reçu la bagatelle somme de 1500 dollars américains. Chose confirmée par des scènes de joie des « blessés » qui subitement retrouvaient l’usage de leurs jambes, sautaient sur leur lit et se répandaient en remerciements dans la langue maternelle de Fatshi.

2020 « Année de l’Action » : chiche!
L’année 2020 sera celle de l’Action, selon le vœu exprimé par le Président de la République en personne. Elle viendra concrétiser, si Dieu le veut, l’avalanche des promesses faites, depuis le 24 janvier 2019. Le peuple attend la concrétisation de la couverture de santé universelle, la création d’emplois, des salaires décents, une sécurité rétablie, la suppression des exonérations douanières, une justice qui inspire confiance, une diplomatie de développement bref, le rétablissement des valeurs premières d’un Etat de droit.
Le chantier homérique de lutte contre la corruption, la fraude fiscale et douanière sera l’indicateur de la volonté du Chef de l’Etat à assainir le milieu des affaires. A la seule condition qu’il fasse montre de sa capacité à nettoyer les écuries d’Augias dans lesquelles une constellation de courtisans à la fibre tribale tiennent à l’enfermer inexorablement.

Mwin Murub Fel

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