Généralement, dans les pays envoi du développement, surtout ceux de l’Afrique Sub-Saharienne, discuter de la planche à billets est un sujet tabou. Nombreux sont ceux qui pensent que quand on parle de « faire fonctionner la planche à billets », on s’imagine généralement que l’Etat imprime des billets en grande quantité pour financer les dépenses publiques et relancer l’économie, ce qui selon une légende bien entretenue générerait de façon quasi-automatique de l’inflation.

Or, dans cet imaginaire, rien ne correspond à la réalité contemporaine et à la guerre de leadership mondiale. Plusieurs questions peuvent se poser d’une manière instantanée ou par curiosité ou encore par le souci d’approfondir la recherche.
L’intellectuel Congolais devrait à cette occasion se demander pourquoi ce sujet devient-il un mythe ? Pourquoi, cette approche n’est pas assez discutée? Ce mode de financement de l’Etat fut-il utilisé par le passé ? Y a-t-il des pays où il est encore pratiqué, même si c’est peu pratiquer ? Mais alors, d’où vient ce mythe ? Voilà autant des questions qui constituent un exercice mental pour l’élite congolaise. Comment décrypter ce mythe savamment entretenu çà et là ?
Premièrement, il convient de préciser que l’Etat n’a pas le pouvoir d’imprimer des billets pour financer ses dépenses et deuxièmement l’augmentation de la quantité de monnaie en circulation ne génère pas automatiquement d’inflation. En réalité l’impression de la planche à billet est toujours sous la responsabilité de la Banque centrale et elle correspond aux retraits effectués dans ses guichets.
Parce que le gouvernementn’a pas le droit de demander à la Banque centrale de lui fournisse des billets gratuitement pour payer ses dépenses.
Par conséquent, l’expression « planche à billets » est pour le moins inappropriée, puisque l’Etat ne peut pas faire imprimer des billets à son profit.La planche à billets peut financer d’une manière ponctuelle en une seule fois et non pas par habitude une activité économique du genre industriel local pour arrêter l’importation du produit dont il a fait l’objet du financement.
A ce titre, la banque Centrale joue un rôle du vecteur du développement. Ce qui est vrai , quand on étudie ce phénomène d’un point de vue historique, on constate que l’utilisation de la « planche à billets » au sens strict du terme en tant que production de billets au profit de l’Etat a très rarement été pratiquée : Abraham Lincoln aurait fait imprimer des billets dans les années 1860 pour financer la Guerre de Sécession aux Etats-Unis , le Brésil l’a fait pour financer la production de la canne à sucre dont son ( à travers sa réforme monétaire économie s’est construite sur la canne, avant même de s’appuyer sur le caoutchouc, le café, l’élevage ou le soja. « La canne à sucre a été la base de ses premiers cycles économiques », relevaient ainsi, dans une analyse publiée en 2007 par la plate-forme de recherche Cairn-info, les chercheurs Emmanuel Grégoire et Hervé Théry.
L’Allemagne l’a pratiqué pour financer l’industrie automobile, et certains prétendent que l’Iran ou le Zimbabwe l’auraient pratiqué récemment ce qui est difficile à vérifier dans les deux derniers cas, car ces deux pays ne sont pas très transparents (soutiennent certains analystes…). Par ailleurs, il est fort possible que les liens de cause à effet ne soient pas ceux que l’on croit c’est-à-dire que ce n’est peut-être pas l’impression de billets qui naturellement génère l’inflation, mais plutôt l’inflation peut être générée par d’autres facteurs qui ont contraint à imprimer de plus en plus de billets, jusqu’à devoir accroître la valeur faciale des billets (allusion faite à la spéculation).
La rareté des produits alimentaires de première nécessité, le prix du carburant à la pomme, le transport en commun,… sont souvent des facteurs imprévisibles de la spéculation. Le caractère mythique peut se justifier par une croyance que je qualifie d’un “stéréotype” (une opinion toute faite réduisant les particularités ou sans preuve tangible).
En effet, un pouvoir est caché derrière cette croyance, qui n’est autre que le pouvoir de l’image visuelle et psychologique. Généralement, on se fait l’image des machines permettant de fabriquer des billets en très grande quantité en même temps cela permet de visualiser aisément une augmentation excessive de la quantité de monnaie en circulation.
Et c’est bien cela que nombre d’économistes mettent en évidence : selon eux, une création excessive de monnaie aurait pour conséquence de générer une inflation excessive, c’est qui est pourtant pas vrai dans tous les cas. Néanmoins si la chose paraît évidente en théorie, elle ne l’est pas dans la réalité des choses. Et c’est là que ça devient une croyance. La croyance de la planche à billet et l’inflation ou en d’autres termes l’injection de la monnaie et l’inflation n’est qu’une expression psychologique aux effets néfastes. Or, la réalité des faits contredit totalement cette croyancepour plusieurs raisons :
1.Sila « planche à billets » signifie donc que l’Etat injecte une grande quantité de la masse monétaire supplémentaire dans l’économie au travers des dépenses publiques (en s'endettant sur les marchés obligataires) ou que la Banque centrale injecte une grande quantité de monnaie supplémentaire dans le système bancaire (en rachetant des obligations aux banques notamment), ce qui aurait le même effet que la « planche à billets », à savoir de générer de l’inflation.
En effet, d'après la théorie économique, dès lors que la demande augmente plus vite que l'offre, cela devrait provoquer une augmentation des prix des biens et services de consommation courante.
2. Ensuite, il sied de noter que l'augmentation des crédits peut aussi bien servir à financer de la consommation (côté demande) que des investissements (côté offre), ce qui fait qu'une injection de liquidités de la Banque centrale peut aboutir à une augmentation de l'offre et de la demande en même temps, ce qui réduit d'autant l'effet sur l'inflation.
3. En autre, on parle également de « planche à billets » lorsque les Banques centrales injectent de la monnaie dans le système bancaire, comme c’est le cas en Europe et aux Etats-Unis actuellement, ce qui permet indéniablement de réduire les taux d'intérêt. Mais cette injection de liquidités ne se traduit pas toujours par un accroissement des crédits (et donc de la quantité de monnaie en circulation), car la demande et l'octroi des crédits dépendent essentiellement de la confiance des particuliers ou des consommateurs, des entreprises et des banques en l'avenir (plus que des taux d'intérêt). C’est pourquoi la « planche à billets » utilisée par la Banque centrale ne relance pas automatiquement l’activité et ne génère pas nécessairement d’inflation.
4. Par ailleurs, on observe que, dans certaines périodes (2000-2006 par exemple), l'augmentation importante des crédits accordés par les banques n’a pas eu pour conséquence de générer de l’inflation mais de nourrir des bulles spéculatives (sur le marché immobilier ou à la bourse), d'autant que les plus-values immobilières ou financières réalisées sont alors essentiellement réinvesties dans l'immobilier ou à la bourse, et non dans la consommation courante.
Et par conséquent, l'augmentation très forte de la masse monétaire dans ces périodes n'a pas d'impact sur l'inflation.
5.Le niveau de la consommation et de l’investissement varie en permanence et de façon importante (et parfois soudaine) en fonction de la conjoncture internationale et de la confiance en l’avenir des différents agents économiques, qui peuvent à tout moment choisir de mettre de l’argent de côté ou au contraire de ponctionner leur épargne, ce qui fait varier la quantité de monnaie en circulation. Et pourtant ces variations ont peu d’effets sur l’inflation, pas plus que n’en aurait une injection de monnaie de même ampleur par l’Etat.On constate donc dans la réalité que la demande globale peut augmenter de façon assez importante sans générer d'inflation. Pourquoi ?
6. Pour bien comprendre la mécanique de l’inflation, d’un point de vue concret et réel (et non théorique), il faut répondre à la question suivante : “un chef d’entreprise ou un commerçant cherche-t-il d’abord à répondre aux nouvelles commandes de ses clients (sans augmenter les prix), ou pense-t-il immédiatement à augmenter ses prix quand il voit les commandes augmenter ?” En répondant à cette question, vous répondrez à la question de l’effet de l’injection de monnaie sur l’inflation. De toute évidence, dans la plupart des cas, les producteurs et commerçants vont chercher à répondre aux commandes supplémentaires de leurs clients et donc augmenter leur offre plutôt que d’augmenter leurs prix. Dans la mesure du possible bien sûr. Cette relative stabilité des prix, même quand les commandes sont élevées, est aussi due à une situation de concurrenceforte (notamment sur les prix). Les vraies causes de l’inflation :
1. Elle permet de justifier le financement de l’Etat par les marchés financiers plutôt que par
la Banque centrale.En effet, selon la doctrine établie, le financement direct de l’Etat par la Banque centrale, qui correspond au phénomène de la « planche à billets » au sens strict (mais sans billets), générerait automatiquement de l’inflation puisqu’il augmente la quantité de monnaie en circulation sans augmenter l’offre de biens et services.
Cependant, l’émission d’obligations ne permet-elle pas elle aussi d’augmenter la quantité de monnaie mise en circulation par l’Etat ? Et dans ce cas, par quelle magie les marchés financiers parviennent-ils à augmenter l’offre de biens et services dans le même temps ?
2. Elle permet de mettre en garde contre l’accroissement de la dette publique.
De nombreux économistes observent à juste titre que les politiques de relance budgétaire sont souvent inefficaces et ont surtout pour effet d’accroître la dette publique. Et pour discréditer ces politiques de relance, il est très pratique d’utiliser une image qui parle à tout le monde (et qui semble tellement logique) : la fameuse « planche à billets » ! Certains économistes nous expliquent alors que le seul effet d’une relance serait de générer de l’inflation, mais pas de relancer l’activité. Mais une image populaire, même largement erronée, reste puissante et tellement utile !!!
De même que les religions abusent parfois de la crédulité des gens, de même les économistes ont parfois recours à des mensonges, tels que la « planche à billets », pour défendre leurs croyances (pourtant largement contredites par la réalité des faits)!
Conclusion
Cette Réflexion est la synthèse de plusieurs points de vue des autres penseurs auxquels j’ai ajouté ma petite contribution pour que vous aussi apportiez la vôtre en toute liberté. En effet,
Si on observe la réalité du fonctionnement de l’économie, on voit donc bien qu’une injection de monnaie supplémentaire n’entraîne pas automatiquement de l’inflation. Loin de là. La vraie question est donc : comment et quelle quantité de monnaie supplémentaire peut-on injecter dans l’économie sans générer une inflation excessive ? A vrai dire, nul ne le sait. Mais si nous mettions en place une politique de création monétaire par l’Etat, le résultat pourrait bien nous étonner !... . Dans quel secteur et pour quels objectifs?
Les marges sont probablement beaucoup plus grandes qu’on ne le croit. Les pays qui ont souffert d’une forte inflation (comme le Brésil,…)savent que l’origine du mal est généralement tout autre : en effet, dans la plupart des cas, c’est une pénurie (liée à un conflit le plus souvent) qui provoque l’inflation (chacun cherchant à se procurer le peu de produit disponible à n’importe quel prix. Par exemple le vicks “Baume Confo” par spéculation durant la Covid.19 est passé de 200FC à 2000Fc tandisque le “Kongo bolulo ” sans une valeur ajoutée pendant la Covid 19 est vendu de FC 100 à FC 2000) la botte ; parfois, c’est l’augmentation soudaine du prix d’un produit essentiel importé (comme le pétrole dans les années 1970) ; ou bien c’est peut-être le retrait massif de capitaux étrangers (généralement lié à un excès d’endettement ou à une crise politique) ce qui est peut être le cas de la RDC avec des banques commerciales privées étrangères qui provoque une chute du taux de change, ce qui génère automatiquement une forte augmentation des prix des produits importés. Je pense qu’il esttemps d’arrêter d’utiliser cette expression désuète qui génère plus de confusion et de contre-vérités qu’elle n’éclaire l’opinion Congolaise.
La RDC devait s’attaquer aux causes de l’inflation plutôt que de spéculer sur le taux d’échange ou de la création monétaire. Je souhaiterai qu’on parle des faits et de la réalité du fonctionnement de l’économie si nous voulons sincèrement résoudre les problèmes économiques de la RDC: parlons inflation, création monétaire, financement des dépenses publiques, consommation, épargne, investissement, bulles spéculatives,… pour planifier une véritable relance économique en RDC.
Jean Robert Kumabwenyi Iwasa
Doctorant en Business Administration,
North Central University/San Diego California-USA.
PCA/SONAS.SA/RDC

 

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