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Hélas, oui: l'économie est le domaine de prédilection du sophisme. J'ai beaucoup entendu parler de "la dépréciation du Franc congolais, de la surliquidité, de l'expansion de la masse monétaire, de la planche à billets, de l'hyperinflation, etc.". Et on se perd dans la théorie pour justifier le sort auquel l'économie nationale est presque condamnée : plus de misère et de pauvreté pour l'Etat et pour le peuple congolais, attisant plus de haine, de rancune et de division.


Non, chers messieurs : le Franc congolais ne se déprécie pas, c'est le dollar qui s'apprécie.
La nuance est importante. Car, le prix d'une monnaie, c'est-à-dire, le taux de change, se fixe sur le marché en suivant les prescrits de la loi fondamentale de l'économie, en l'occurrence, la loi de l'offre et de la demande. L'offre, d'une part, suggère que du fait du renchérissement des conditions de production, le coût de production augmentant, il suit que la quantité offerte est une fonction directe de l'augmentation des prix de ce bien sur le marché (si le prix sur le marché augmente, alors la quantité offerte augmente proportionnellement). La demande, d'autre part, suggère que du fait du désir des consommateurs, il suit que l'utilité marginale d'un bien diminue avec l'augmentation de la quantité consommée de ce bien, engendrant la diminution de son prix pour maintenir le niveau de sa consommation. Nuance importante, cependant : une des propriétés essentielles de la monnaie, selon C. Menger, est que son utilité marginale ne décroît jamais, ce qui reste difficile à vérifier dans le cas du CDF face aux autres actifs !
Pour revenir au sujet, prenons deux cas d'illustration les plus évoqués pour justifier "la dépréciation" du CDF : le problème de l'impact de la Covid-19 et celui du déficit public financé par la création monétaire.
1. Théorie de la demande de la monnaie
J'adhère, pour commencer, au constat que l'expansion de la pandémie liée au Corona virus a affecté sensiblement l’économie mondiale. Conformément à la fonction de la demande de la monnaie dite théorie monétaire keynésienne connue sous le nom de "théorie de préférence pour la liquidité", cette expansion de la Covid-19, en mettant en péril l'avenir des nations ou des économies nationales, a, de ce fait, accru les besoins de ces nations pour la constitution de toutes les 3 catégories des encaisses (transaction, précaution et spéculation). S'agissant d'une crise mondiale et au regard des impératifs de l'interdépendance des économies et de la globalisation financière, la seule monnaie préférée dans ce cas, c'est celle qui, en plus des autres fonctions classiques, assume le mieux, sur le marché mondial, le rôle d'étalon des valeurs. Cette préférence en justifiant la hausse de sa demande, son prix augmente face à la valeur interne et externe de toutes les autres monnaies, et a fortiori du franc congolais (pour peu que je le considère comme monnaie). A cet égard, le dollar s'est apprécié par rapport à toute autre monnaie du monde. Pourquoi le dollar ? Parce que la fonction d'étalon des valeurs exige, pour la monnaie qui y aspire, la meilleure intégration des propriétés de la monnaie parmi lesquelles, outre celle de l'utilité marginale sus évoquée, la liquidité, la convertibilité et la stabilité constituent l'objet essentiel de la politique monétaire des banques centrales (propriétés toutes absentes dans le chef du CDF).
2. Les contreparties de la création monétaire
S'agissant, ensuite, du cas du déficit public, je ne cesserai de m'étonner du cynisme de ceux qui nous font croire qu'ils sont "les maîtres du monde", les donneurs des leçons.
En effet, non seulement le déficit budgétaire, du reste insignifiant au Congo, est un instrument de politique de développement économique (autant, d'ailleurs, que la d'évaluation ou, même, la dépréciation de la monnaie nationale), mais bien plus, la création monétaire qu'il nécessite pour son financement, est la plus chétive des activités économiques en RDC. Pour faire bref, à ce sujet, je rappelle que le franc congolais, même créé à chaque seconde de notre respiration, ne représente même pas 3% de la masse monétaire existante sur le territoire national pour être mise en cause dans ce pays pourtant si peu monétarisé. Au contraire, son insuffisance ou, plutôt, son absence, sur plus de 80% du territoire national constitue la principale cause de la dollarisation pathologique et honteuse de notre économie et le principal frein à l'entreprenariat national par la mise en valeur de nos ressources naturelles. Encore que Kinshasa n'est pas le Congo!
Au contraire, j'insiste qu'il faut créer davantage de la monnaie nationale pour la meilleure exploitation des économies d'échelles liées à ces parts du marché actuellement abandonnées. Mieux encore, je conseille de creuser davantage les déficits du Trésor pour obliger l'Etat à produire davantage des biens collectifs actuellement laissés-pour-compte. Pourquoi pas ? À cause de l'inflation ? Eh bien, je recommande davantage d'inflation pour financer l'économie et juguler le chômage.
J'y reviendrai, juste le temps, pour moi de vider cette question de la création monétaire.
3. Le sophisme ?
Rappelez-vous : De 1998 à ce jour, le CDF n'a pas arrêté sa dégringolade face au dollar (pour rejoindre les sophistes). Pourtant, après la Gécamines, et surtout après l'avènement de Joseph Kabila au pouvoir, non seulement la production minière et le taux de croissance n'ont cessé d'augmenter, mais aussi nos recettes d'exportation et, même, mutatis mutandis, nos réserves de change et même notre budget national. Pourquoi, dès lors, le CDF ne s'est jamais apprécié au rythme des entrées des devises même en cas d'amélioration de nos réserves de change ? Depuis 2019, sous Félix Tshilombo, le FMI et la BM n'ont pas tari de générosité en termes d'appuis budgétaires et, même, d'assistance financière pour juguler, notamment, la Covid-19 ou booster la gratuité de l'éducation de base. Le tout en DOLLARS US. Si mes notions d'arithmétique sont encore bonnes, l'Etat congolais aurait obtenu autour d'un milliard de dollars en quelques mois, de ces 2 institutions. Pourquoi cet accroissement des devises n'a pas contré la descente aux enfers du franc congolais ? Mais, plus encore, Pourquoi cet accroissement de la masse monétaire, par l'entrée des devises, n'a pas généré l'inflation ? J'ai ma réponse, mais elle risque de vous choquer. Alors, je me réserve de la donner aujourd'hui.
4. L'Etat et la Monnaie : blanc bonnet, bonnet blanc
La constitution de la République a presque supprimé l'une de principales raisons de la création monétaire, le crédit à l'Etat, l'une des 3 contreparties classiques et universelles de la monnaie. Cerise sur le gâteau : la réglementation des changes de la BCC en a assassiné la deuxième, la rentrée des devises qui suppose que seule la monnaie nationale peut avoir cours légal sur le territoire national (une violation incomprise de la même constitution déjà, elle-même, perverse). Il ne reste au pays, du point de vue légal, que la 3ème contrepartie, le crédit à l'économie, alors que celle-ci est, à plus de 98%, informelle, c'est-à-dire, par nature, exclue des mécanismes bancaires (encore un problème : des banques entièrement étrangères et moins intéressées par le développement de l'économie nationale). Alors, quelle est donc cette création monétaire qui serait si pernicieuse pour l'économie nationale lorsque la BCC en est officiellement et légalement dispersée ?
5. Disons-nous la vérité
Le vrai problème monétaire congolais réside dans la qualité, la quintessence, la nature de sa monnaie nationale telles qu'elles échappent au contrôle de la politique monétaire de la BCC, un simple tissu de copier-coller.
La politique monétaire, en effet, n'est pas simplement un des instruments essentiels à la politique économique du gouvernement tel qu'on peut le comprendre à travers ses objectifs, mais elle est aussi, et surtout, le cadre de gestion et de sauvegarde de la monnaie elle-même, tel que celle-ci reflète l'image, voire, l'identité de cette économie nationale.
Celle de la BCC ne s'est pas seulement trompée d'objectifs au regard des problèmes effectifs et des réalités spécifiques de notre pays, mais, en plus, elle s'adresse à un "bluff de monnaie", une coquille vide, privée de la moindre propriété qui permet aux monnaies du monde d'assumer EFFICACEMENT et REELLEMENT les fonctions classiques réservées aux économies monétaires.
En attendant, faites avec.

Michel Nsomue

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