*Le bilan des 100 premiers jours de Félix Tshisekedi à la tête de la République démocratique du Congo (RDC) reste timide. Le nouveau président a multiplié les mesures symboliques, mais reste prisonnier du FCC, son allié de circonstance. Autant le dire tout de suite, Félix Tshisekedi n’a pas ménagé ses efforts depuis son arrivée à la tête de l’Etat congolais le 25 janvier 2019. Le nouveau président a même frôlé la surchauffe. A peine installé dans le fauteuil présidentiel, Félix Tshisekedi s’est tout de suite attelé à la recherche de soutiens internationaux.

 Angola, Rwanda, Congo-Brazzaville, Kenya, Ethiopie, Etats-Unis… le président congolais est allé chercher à l’étranger ce qu’il peinait à trouver au Congo : un peu de légitimité. Son élection controversée, teintée de soupçon d’entente avec Joseph Kabila pour se partager le pouvoir, fait toujours de Félix Tshisekedi un bien étrange président. Le patron de l’UDPS possède bien le titre présidentiel, mais pas le pouvoir, puisque le « deal » avec Joseph Kabila laisse à la plateforme de l’ancien président une large majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat et dans les Assemblées provinciales.

Des signes d’ouvertures
Sans réels marges de manœuvres et toujours sans gouvernement 100 jours après son élection, Félix Tshisekedi reste encore prisonnier du FCC de Joseph Kabila, son allié de circonstance. Mais le nouveau président n’a pas démérité pour tenter de donner des signes d’ouvertures. Félix Tshisekedi a joué pleinement la carte de la décrispation en libérant de nombreux prisonniers politique emblématiques comme Franck Diongo, Firmin Yangambi, ou Diomi Ndongala. Il a ensuite permis à l’opposant en exil Moïse Katumbi de retrouver son passeport et fait annuler par la justice les condamnations et les poursuites judiciaires qui pesaient sur les épaules de l’ancien gouverneur du Katanga. Le nouveau président en a aussi profité pour suspendre de nombreux responsables publics à la tête des transports ou des télécommunications pour « mauvaise gestion ». Le ministre des Affaires foncières a également été suspendu.

Rendre « visible » l’action du nouveau président
Voilà pour les symboles. Du côté du pragmatisme, le nouveau président s’est également lancé dans un vaste programme de rénovation des infrastructures aux quatre coins de la République. Mais si la présidence affirme que 80% des promesses sont presque finalisées, les réalisations sont « homéopathiques » au regard de l’étendu du pays. A Kinshasa, seuls 40km de routes ont été construites… une goutte d’eau pour une mégapole de 12 millions d’habitants. Mais pour la coalition présidentielle qui préfère voir le verre à moitié plein, « ce n’est qu’un début (…) une lueur d’espoir pour les Congolais » qui devrait se poursuivre. Dans l’entourage du président on estime ces chantiers, certes modestes, sont indispensables pour rendre « visible » aux Congolais l’action du nouveau président.

Des actions symboliques
Du côté des opposants à la coalition Tshisekedi-Kabila, on est beaucoup plus sévère. Selon le défenseur des droits humains, Firmin Yangambi, « aucun indice sérieux ne montre qu’il est apte à tenter le redressement du pays et a un programme structurel pour amorcer le décollage de la RDC ». L’avocat, pourtant libéré par le nouveau président Tshisekedi, estime qu’il n’y aura « ni rêve, ni miracle » et craint de « perdre 5 ans pour la RDC ». Car à bien y regarder, les décisions prises par Félix Tshisekedi depuis 100 jours restent uniquement symboliques. Martin Fayulu, le candidat malheureux de la présidentielle, qui revendique toujours sa victoire, estime que « Rien n’a été fait, sauf dépenser le budget de la présidence d’une année en seulement 3 mois ». Félix Tshisekedi aurait donc mangé son pain blanc et devra maintenant composer avec le FCC avec lequel il doit former un gouvernement… toujours en souffrance.

Cerné de toutes parts
100 jours après sa victoire, Félix Tshisekedi se retrouve dans une situation inconfortable et quasi schizophrénique. Le nouveau président doit à la fois isoler Joseph Kabila et son FCC pour pouvoir gouverner et appliquer son programme. Et à la fois, il doit s’entendre avec ce même FCC pour former un gouvernement. Sans compter que Félix Tshisekedi doit également affronter les critiques de son propre camp et de la communauté internationale qui le pousse à s’émanciper rapidement de l’ancien président. Cette alliance contre-nature entre Tshisekedi et Kabila fragilise fortement le nouveau président. Pourtant, les chantiers ne manquent pas pour le chef de l’Etat qui affirme vouloir « déboulonner le système dictatorial » de Joseph Kabila. Sur le front de la lutte contre la corruption, un des chantiers prioritaires du président, une profonde réforme de la justice est indispensable. Dans le secteur économique, les concessions minières, forestières et les contrats publics manquent sérieusement de transparence et doivent être renégociés. Et enfin, pour lutter efficacement contre l’insécurité à l’Est et dans le centre du pays, l’armée congolaise a besoin d’une profonde réforme de son secteur de la sécurité, un chantier annoncé par le président Tshisekedi, mais pour l’instant au point mort.

Un roinu
Le moment de vérité pour Félix Tshisekedi devrait prochainement arriver avec la nomination de son Premier ministre et du gouvernement. Nous verrons alors, le poids politique réel de Félix Tshisekedi et de Joseph Kabila dans la répartition des postes ministériels. Le nouveau gouvernement, qui sera très probablement à forte coloration FCC, aura toutes les marges de manœuvres pour valider et exécuter ou non les directives présidentielles. Depuis 100 jours, Félix Tshisekedi bénéficie encore d’une « zone grise institutionnelle » qui lui permet de court-circuiter l’actuel gouvernement qui expédie les affaires courantes. Mais une fois, le nouvel exécutif en place, il risque d’en être tout autrement. Et le roi risque de se retrouver véritablement nu.

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

 

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