Frères et sœurs bien-aimés de Dieu,


Comme l’an passé, c’est encore sous l’inspiration du Prophète Isaïe (Is 40-3-5) que je vous adresse ce message de l’Avent et de Noël 2019 : Le Seigneur vient, préparons-lui le chemin. En effet, nous lisons dans Isaïe 40, 3-5 :
«Une voix crie dans le désert : préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers ; tout ravin sera comblé, et toute montagne ou colline sera abaissée ; les passages tortueux deviendront droits et les chemins raboteux seront nivelés. Et toute chair verra le salut de Dieu ».
L’évangéliste Luc nous rapporte que ce sont là aussi les paroles inaugurales du Précurseur du Messie, Jean Baptiste (Luc 3, 4-6).
Ce dernier, en véritable précurseur, fit sien ce passage du Prophète Isaïe.
C’est un appel très fort à la conversion : Le Seigneur vient, il faut donc lui préparer un chemin convenable, un accueil digne, à la hauteur de l’hôte de marque, c’est-à-dire, se convertir en déblayant la route de Dieu dans notre vie.
Normalement, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, Dieu est la route de l’homme. C’est ainsi qu’il lui revient d’indiquer à l’homme la route à suivre pour l’atteindre ou mieux pour avoir la vie. Ainsi, pouvons-nous lire dans Deutéronome 30,15-16 : «Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements de Yahvé ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, et que tu aimes Yahvé ton Dieu, que tu marches dans ses voies…, tu vivras et te multiplieras… ». Et connaître les voies du Seigneur fut le grand privilège d’Israël (Ps 147/146, 19-20). Ces voies, c’est la Loi de Yahvé si bien qu’y désobéir, c’est s’égarer du bon chemin, se perdre, parfois jusqu’à l’exil (Dt 31, 16-18 ; Lv 26, 41). C’est ainsi que Yahvé peut parfois avertir : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes voies ne sont pas vos voies » (Is 55, 8). Les voies de Yahvé sont le chemin de la vertu (Is 12, 23 ; 1R8, 36 ; 1Co 12, 31) ; la pratique de la justice (Pr 8,20 ; 12, 28), la fidélité à la vérité (Ps 119, 30 ; Tb1,3), larecherche de la paix (Is 59,8 ; Lc 1, 79). Le chemin tortueux est celui que prennent les insensés ou les impies (Pr 21, 8 ; 12,15).
Le Seigneur Jésus Christ est venu nous révéler cette vérité que Dieu est la route de l’homme. Cette route n’est plus seulement la Loi mais une personne. Il dit en effet de lui-même : « Moi je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Nul ne vient au Père que par moi » (Jn 14,6). Jésus est le chemin en tant que révélateur parfait du Père : « Qui me voit, voit celui qui m’a envoyé » (Jn 12,45) ; Jésus est l’unique accès au Père (Jn 1, 18 ; 14, 4-7) et ne fait qu’un avec le Père (Jn 10, 30).
Frères et sœurs bien-aimés,
D’après le thème que je vous présente, les tâches de Dieu et de l’homme semblent renversées. C’est à l’homme, au fidèle, au disciple, de préparer le chemin au Seigneur qui vient à sa rencontre lui offrir le salut.
A la vérité, selon la logique du Dieu de Jésus Christ, rien n’est renversé. Le salut est toujours l’œuvre de Dieu qui nous a élus en Lui dès avant la création du monde pour être saints et immaculés…, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ (Ep 1, 4-5) ; et il nous a aussi aimés le Premier (1Jn 4,19).
Mais, par respect pour la dignité de celui qu’il créa à son image et à sa ressemblance, libre et intelligent, Dieu ne veut pas nous sauver sans nous :«Dieu nous a créés sans nous, ne nous sauvera pas sans nous » (Saint Augustin, Sermon 169, 11, 13). C’est un Dieu de l’alliance. Il lui plaît donc de permettre à l’homme de jouer son rôle, tant soit peu, dans la réalisation et le maintien de cette alliance, de collaborer à l’œuvre divine de son salut. C’est cela le sens de l’invitation lancée et relancée à l’homme, au fidèle, au disciple, à préparer la voie au Seigneur qui vient pourtant le sauver.
Certes, dans cette alliance conclue entre le Seigneur et le fidèle, ou entre le Seigneur et son Peuple, il ne s’agit pas de la logique de l’équivalence entre les parties. Car, même toute la capacité de l’homme de chercher à s’y conformer est encore et toujours œuvre de grâce divine, ainsi que nous pouvons lire chez Jérémie :
«Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël… : Je mettrai ma Loi au fond de leur être et l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple… Tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands… parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché » (Jr 31, 33-34).
Mais, c’est Dieu même qui ne veut pas opérer sans impliquer l’homme. C’est ainsi qu’à l’annonce : Le Seigneur vient !, le fidèle est invité à répondre par la préparation du chemin, de la route, c’est-à-dire, par la conversion. Cette dernière est la part de l’homme dans l’alliance qui, pendant l’Avent, se désigne souvent par l’expression : préparer le chemin du Seigneur.
Le Seigneur ne passe pas par les chemins tortueux et ne les aime pas. Ce sont les chemins de la malhonnêteté, de la malice, de l’hypocrisie, de la fraude, de la corruption, de l’injustice, de la haine, de l’arrogance, de l’inimitié, de la violence, des guerres, du tribalisme, de la méfiance, du mensonge, de la tricherie, des passions déréglées, de l’envie, etc.
Le Seigneur aime le chemin droit, construit ou reconstruit par l’amour, la charité, le pardon, la fraternité, la sincérité, la franchise, la loyauté, l’amitié, la paix, la justice, la confiance, la vérité, la bonté, la sagesse, etc. Ici le chemin est au singulier, tandis que son contraire au-dessus est pluriel.
Même au nom de la légendaire « hospitalité africaine », un hôte, surtout de marque, mérite une bonne préparation de l’habitat où l’accueillir. Il faut balayer, ajuster la maison, alerter les membres de famille tout comme les voisins ou amis. Cela correspondrait à la pratique du sacrement de la réconciliation, à la prière assidue, communautairement et individuellement, etc.
Il ne suffit pas de préparer le chemin du Seigneur dans ton seul cœur et dans ta seule maison ; il faut aussi le préparer dans les cœurs des autres, à l’exemple de Jean Baptiste, le Précurseur. L’Avent est donc aussi et toujours un Temps de mission comme Noël même. Il faut sortir du désert de ta solitude, comme Jean Baptiste, pour parler du Christ aux autres, de la joie de faire sa connaissance, de le rencontrer et le faire rencontrer par les autres.
Le Seigneur qui vient est un Prince-de-la-Paix, l’Emmanuel, un Dieu solidaire. Or notre pays, la République démocratique du Congo, n’en finit pas avec les anti-valeurs de toutes sortes, le deuil, les pleurs, le sang, la violence, surtout ici chez nous à l’Est de la RDC, à cause de la présence de groupes armés locaux et étrangers qui martyrisent la population. Nous sommes tous invités à travailler à l’unité et à la paix. Prions afin que Noël 2019 nous apporte cette grâce tant attendue de paix effective partout au Congo, en particulier là où les conflits persistent dans notre diocèse.
Frères et sœurs bien-aimés de Dieu,
L'Avent doit donc être un temps d'intense préparation à cette venue de Sauveur. C'est le moment favorable pour réorienter notre vie vers une juste direction, celle de la générosité, de l'amour de Dieu et du prochain.
Le chemin du Seigneur peut même être étroit, mais c’est un chemin toujours droit, puisque juste et vrai. Pour entrer dans ce chemin de conversion, nous avons besoin de l'aide du Seigneur. Cela passe par des temps de prière. Cette prière nous aidera à changer notre regard sur le monde. Elle nous aidera à mieux comprendre que ce monde malade, Dieu veut le sauver. Que le Seigneur, Lui-même, la Voie, la Vérité et la Vie, nous prépare dignement à l’accueillir et fasse de nous ses précurseurs dans les cœurs de tant de frères et sœurs qui doivent encore le connaître et le suivre en même temps que nous. Et que nous-mêmes, revenant sur le chemin du Seigneur, ne nous en écartions plus.
Bonne préparation à Noël 2019.
Fait à Kasongo, le 29 novembre 2019
Mgr Placide LUBAMBA NDJIBU
Evêque de Kasongo