Kinshasa, on le sait, est une ville au développement tentaculaire où l’anarchie de nouveaux lotissements le dispute furieusement à une démographie galopante. Le noyau colonial des cités dortoirs avec ses quatre pièces qui faisaient la fierté des ‘’évolués’’ a disparu au profit d’édifices à l’architecture improbable dans lesquels des familles foisonnantes à l’extrême s’entassent, vivent les unes sur les autres dans une épouvantable promiscuité.

Le surpeuplement dans une mégapole inégalitaire restant le terreau par excellence sur lequel poussent les germes des oppositions face à la promesse des ‘’logements sociaux’’, est le nec-plus-ultra des précautions et du retardement d’une explosion sociale.
L’ambition du ministre de l’Urbanisme et Habitat de construire des logements sociaux destinés, dit-on, à désengorger certains espaces d’habitation n’est pas en soi une nouveauté. Quasiment tous ses prédécesseurs successifs s’en étaient fait des gorges chaudes par le passé, en recevant à tour de bras investisseurs et promoteurs étrangers porteurs de projets aussi mirifiques que hors de portée de la maigre bourse du médecin, du professeur d’université ou du directeur d’école.
A la place, et en l’espace d’une dizaine d’années à peine, des tours au luxe insolent ont poussé sur l’ancienne pépinière de Bandalungwa, du reste, domaine militaire) et l’espace maraîcher en face de l’Institut supérieur de commerce ; une presqu’île artificielle, abrite une ‘’Cité du Fleuve’’, refuge de milliardaires et pratiquement inaccessible au commun des mortels. Même la concession de la Foire internationale de Kinshasa n’est pas épargnée… Ces édifices que le Kinois lambda regarde de loin amènent à se poser la question de savoir si sa ville lui appartient encore.
Le rêve des logements sociaux, certes, légitime, appelle deux observations. La première : recourir aux capitaux étrangers, à des entreprises turques, émiraties ou…chinoises pour la conception et la matérialisation des projets ne serait que chimère. Ces firmes ne le feront pas pour les beaux yeux des Congolais. C’est du business. Et on ne fait pas de business avec de petits fonctionnaires au salaire aléatoire. La deuxième : confier le projet à la compétence des architectes congolais - et ils existent – c’est prendre le risque de voir les chantiers arrêtés à la phase de la pose de la première pierre, l’Etat congolais ne figurant pas dans le peloton de tête des bons payeurs.
L’utopie ultime en cette matière serait de faire croire à l’opinion que des logements sociaux sortiraient de terre et seraient à disposition au cours de l’actuel mandat présidentiel, ou même du suivant. C’est un projet de longue haleine qui gagnerait à s’inspirer du bon vieux ‘’Fonds d’avance’’, du temps ancien qu’ont connu de nombreux parents et dont les vestiges restent encore visibles. Une nouvelle ville avec ses maisons en location-vente sur 25 ans. Un pays voisin que l’on se garde, pour l’instant, de citer le nom, l’applique déjà. Avec succès.

La Pros.


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