Au crépuscule du long règne du Maréchal Mobutu, il était coutumier d’entendre cette phrase : « A chaque Libanais, son colonel ». Traduction de la puissance et de la mainmise des commerçants phéniciens sur l’économie du Zaïre décadent. Aucun secteur ne leur échappait alors. De la grande distribution au transport routier en passant par les services de gardiennage, l’immobilier et la friperie, les Libanais étaient les véritables rois du Zaïre.

Et malheur au contrôleur des services publics qui se hasardait à demander des comptes dans ces établissements. Un coup de fil de M. Hassan, et une escouade de la DSP débarquait sur les lieux et la suite est connue. Le colonel-protecteur n’avait plus qu’à passer à la caisse au cours d’une soirée abondamment arrosée avec son ami du clan nébuleux des Khanafer.
Puis, les Indo-Pakistanais sont arrivés, rejoints bientôt par les Chinois. Et le manège continue. Car, l’opinion ne comprend pas que ces derniers exercent le petit commerce jusque dans les cités dortoirs, où les Chinois vendent jusqu’au traditionnel beignet, même fourré de bitekuteku.
Certains parleraient d’une cure. Car, l’on ne compte plus le nombre de grèves des employés des Indo-Pakistanais, suivies des réunions tenues avec les ministres du Travail successifs avec les employeurs asiatiques. A chaque fois, des engagements sont pris devant caméras. Oui à l’application du SMIG, oui à la signature des contrats de travail ; oui M. le ministre au réajustement des heures de travail ; oui à l’arrêt du petit commerce par les expatriés. Oui à la fermeture des bureaux de placement illégaux. Enfin, non aux fausses cotisations professionnelles en complicité avec la Sécurité sociale.
Si le Libanais avait hier son colonel (mal payé) de la DSP, alors qu’on explique au Congolais d’aujourd’hui qui sont les protecteurs des Chinois et Indo-Pakistanais. Qui favorise la fraude douanière, la fraude à la TVA, qui avalise les comptes-bilans nettement falsifiés ; qui vend comme des cacahuètes, des permis de travail ou de séjour à des expatriés dont certains ne savent ni lire, ni écrire, venus directement d’un bled perdu du Cachemire, du Népal ou du Tamil Nadu.
Sans jouer au raciste primaire, il y a lieu de dire seulement aux Autorités que l’Etat de droit, c’est aussi la sécurité du travail des milliers des gagnepetits ainsi sacrifiés, leurs potentiels électeurs.

La Pros.

 


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