Dernières publications

Il est, sans doute, un des précurseurs de la communication interculturelle en République Démocratique du Congo.

A travers sa thèse pour l’obtention du grade de Docteur en Sciences de l’information et de la communication dont il a procédé à la restitution le lundi 18 février 2019, le Professeur David Pata Kiantwadi a développé la transmission des cultures ethniques au sein des organisations modernes à l’intention du grand public. Il s’agit, en effet, de la ‘’Communication interculturelle dans le contexte congolais‘’, une étude publiée sous forme d’ouvrage aux éditions universitaires européennes. Elle offre une dimension comparative intéressante à explorer qui est celle d’un des pays les plus multiethniques d'Afrique, la RDC. La cérémonie a eu lieu à l’Ecole doctorale de l’IFASIC, avec le concours de la structure NGOMA, conduite par une équipe de jeunes.

Cette étude est partie de l’évidence que «la culture est communication et la communication est culture ». Elle a été mise en musique grâce aux mains sagaces de Françoise Albertini et Philippe Ntonda, respectivement professeurs de l’Université de Corse-Pascal Paoli et l’Institut Facultaire des Sciences de l’information et de la Communication.
‘’Cette étude va aboutir à la proposition de créer un laboratoire de recherche en communication interculturelle qui va couvrir l’Afrique centrale. Finalement, en lisant vous allez bien vous rendre compte que c’est une nouvelle discipline proposée avec un objet précis, des méthodes consacrées, une triangulation d’approches mais aussi de nouveaux concepts mis en éclairage‘’, a soutenu le désormais David Pata.

Au fait, pendant le processus de communication, la culture des acteurs sociaux est convoquée pour donner sens aux actions menées. Cette culture définit le contexte dans lequel les échanges sont effectués et détermine également les comportements des personnes impliquées dans la communication. Ainsi, dans cette perspective, cette étude s’inscrit dans la catégorie des travaux scientifiques du nouveau domaine de recherche des SIC «Communication interculturelle» selon la tradition inaugurée par l’américain Edward T. Hall et perpétuée par de nombreux contemporains. ‘’Le Professeur Pata a constaté au niveau des entreprises où il travaille qu’il y a une certaine survivance de cultures locales qui se manifeste avec une certaine prise de position telle que dans le recrutement où sont sélectionnées les personnes d’une province commune. C’est dans ce travail qu’il a tenté de donner une explication à ce phénomène. Au niveau de l’Ifasic, je crois que c’est la première thèse d’un spécialiste en communication interculturelle‘’, a argumenté le Pr Philippe Ntonda.ngoma
Enjeux
Un fait d’ordre général s’y élève : la communication interculturelle est au cœur des enjeux de nos sociétés qui sont, par essence, multiethniques et culturelles. Les acteurs sociaux sont donc porteurs des cultures de leurs origines. Par ailleurs, lorsqu’ils se communiquent, ces cultures sont convoquées dans un échange chargé d’interculturalité. Pendant ces échanges, les cultures en présence subissent trois lois : l’assimilation, la ségrégation culturelle et le métissage culturel. Ainsi, pour éviter la situation de domination ou d’assujettissement, les groupes sociaux produisent des « cadres de perception et d’organisation » qui sont des mécanismes de perpétuation et de survivance de leurs cultures au sein des organisations où ils émergent à travers des actes de communication.ngoma
‘’Dans la première partie, nous avons circonscrit les contours de la «communication interculturelle en trois dimensions : un concept, un phénomène et un domaine de recherche. En tant que macro-concept, la communication interculturelle intègre dans son champ des concepts spécifiques tels que l’acteur social, l’identité culturelle, l’ethnicité, la culture ethnique, l’environnement multi et interculturel, et processus de la transmission des cultures ethniques‘’, a épilogué l’auteur de la thèse. Selon lui, la culture et la communication constituent des dimensions fondamentales de cette forme de communication. C’est ce qui les différencie des autres formes de communication.

Cependant, le cadre de perception de la communication interculturelle est un ensemble de mécanismes qui permettent aux membres de communautés culturelles de vivre la communication interculturelle, de construire le sens des contextes dans lesquels ils se trouvent, de reconstruire leurs identités et de développer des stratégies discursives. ‘’Parmi les éléments manifestes de ce cadre, nous avons retenu le cadre primaire, la diversité culturelle, le discours conflictuel, le lien rituel et le paysage culturel (scape). Ce cadre constitue l’architecture mentale de la communication interculturelle décrivant les schèmes interprétatifs des acteurs sociaux‘’, a-t-il avancé.
Après l’analyse des facteurs principaux, 16 thèmes se sont révélés significatifs, ils ont fait l’objet d’une deuxième enquête élargie auprès de 100 organisations y compris les 25 premières, cette fois-ci avec 2000 sujets en raison de 20 par organisation.
Les résultats issus de ces différents paysages montrent que les évènements historiques sont des cadres d’expérience riches en éléments de communication qui sont capables de se transmettre dans le temps et dans l’espace avec la possibilité d’effondrement ou de faire émerger d’autres formes de communications.

Innovations
Des concepts tels que «radiospectateur» et «spectaneutra» peuvent être intéressants dans l’analyse du jeu footballistique en tant qu’événement social euphorique et dysphorique ayant une place importante dans l’histoire d’un Etat-nation. Néologisme utilisée par nous à cette occasion pour le distinguer d’un «Auditeur» et l’opposer au téléspectateur, le «radiospectateur» désigne un public qui est branché sur la radio, non seulement suit les jeux, mais aussi subit l’ambiance des spectateurs qui sont au stade. Privé des images, ce dernier ne se contente pas seulement de suivre les commentaires des journalistes, mais aussi construit des images et des actions des joueurs par des illusions parfois fantasmatiques. Il n’est donc pas un simple auditeur…

Parmi les apports de cette étude, le Professeur Pata laisse entendre que sur le plan théorique, la thèse vient de mettre sur pied la théorie EWP expliquant la manière dont les individus ou les groupes sociaux véhiculent leurs cultures ethniques dans des espaces étrangers. Sur le plan méthodologique, ‘’il s’agit d’une nouvelle approche que nous avons baptisé la communicométrie qui ouvre la voie vers des études quantitatives en SIC ; parce que simplement aujourd’hui les SIC n’ont aucun intérêt de rester cloisonner dans un monde du type qualitatif en mettant en exergue la théorie « on ne peut pas ne pas communiquer ». Au-delà de cela, il y a un autre axiome qui laisse entrevoir que dans la communication, les relations humaines s’inscrivent dans une échelle de mesure qui est une voie vers la quantification‘’.
In fine, tous les éléments en présence permettent de conclure qu’en communication interculturelle dans le monde professionnel, les acteurs sociaux d’origines culturelles et ethniques différentes produisent leurs propres cadres de perception et d’organisation à travers des événements ou des actes de communication pour assurer leurs identités culturelles et pérenniser leurs existences.

« NGOMA »
Pour cette première lancée, la structure Ngoma se dit satisfaite et envisage d’étendre dans la construction d’une nouvelle façon de communiquer. ‘’Tout est parti d’une révolte selon laquelle nous pensons qu’il est important que la communication au niveau de la RD. Congo soit efficace. Mais tout en valorisant cette communication au style africain. Voilà pourquoi, nous avons décidé, ensemble avec un groupe d’amis, de pouvoir, lorsque nous organiserons des activités de communication, apporter la touche africaine dans nos évènements… il faut repenser la communication et y apporter de l’originalité‘’, a déclaré Jean-Luc Mwamba, coordonateur de la structure Ngoma.

Boris Luviya

Les plus lus