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L’inimaginable est, enfin, arrivé. L’incroyable s’est produit. Le Congo-Kinshasa pleure son célèbre artiste, sculpteur et plasticien, Maître Alfred Liyolo.

Tel un couperet, son décès aura laissé un vide monumental dans le monde de l’art. Le Maître, fut-il, d’hier et d’aujourd’hui, restera toujours éternel à travers ses œuvres répandues dans le monde entier. Cette icône de l’art a tiré sa révérence le lundi 1er avril 2019 à Vienne, en Autriche. La nouvelle est tombée lundi comme un coup de foudre dans les médias du pays. D’abord, ce sont des membres proches de sa famille qui ont confirmé la nouvelle puis le Directeur Général de l’Académie des Beaux-arts de Kinshasa, le professeur Henri Kalama Akulez.

La mort de ce monument artistique a fait bouger tout le continent. Le Président de la République, Félix Tshisekedi Tshilombo, depuis le Sénégal où il va prendre part à la prestation du serment de son homologue Macky Sall, n’a pas manqué de saluer la mémoire de celui qui a porté haut le flambeau de l’art plastique congolais à l’étranger. «Je salue la mémoire de Maître Liyolo qui vient de nous quitter. Il a été une source d’inspiration pour plusieurs générations dans son domaine», a-t-il compati. Le Chef de l’Etat a également exprimé sa compassion et ses condoléances à la famille biologique de l’illustre disparu. Septantaine révolue, Maître Liyolo est l’auteur de plusieurs œuvres d’art que l’on retrouve dans la capitale Kinshasa notamment, le monument historique situé à la place des artistes de deux mains jointes au rond-point victoire, le jardin du premier ministre à la Primature et tant d’autres. Ceux qui l’ont connu personnellement regrettent sa disparition. «Je l’ai eu comme Directeur général et j’ai bénéficié de son expérience et son encadrement. Me Liyolo est parmi ceux qui ont porté le flambeau de l’art congolais à l’étranger. Il est resté compétiteur jusqu’au bout. Il a présenté ses œuvres d’art à travers le monde. Ici au pays, il a laissé pas mal de monuments », regrette Frank Dikisongele, professeur à l’ABA. Selon des sources concordantes, Me Alfred était souffrant depuis un moment et il était amené en Europe suivre des soins appropriés.

Parcours élogieux
Maître Alfred Liyolo a participé à quelques expositions et a laissé des chefs-d’œuvre dans les grandes places de Vienne en participant à de nombreux projets de restauration de monuments ainsi qu'à différents symposiums. En 1970, il regagne son pays natal. Et c'est comme Professeur à l'Académie des Beaux-arts qu'Alfred Liyolo partage son expérience. En 1982, il est nommé Directeur Général de cette prestigieuse Ecole d'arts de Kinshasa. Neuf ans plus tard, un incident malheureux survient : ses ateliers et sa résidence sont totalement mis à sac lors des pillages qui ont lieu dans le pays. Déçu, il va alors quitter le pays avec sa famille pour s'installer à Vienne, dans la capitale autrichienne où il dispense des cours dans différentes écoles d'art et organise des expositions.

Conscient de l‘état de son pays, il décide de regagner Kinshasa, afin d'apporter sa pierre à la reconstruction. En juillet 2013, pour couronner sa carrière professorale remarquable tant sur le plan de l’enseignement que sur le plan de ses réalisations, il est nommé Professeur Émérite par décret ministériel.
Ambassadeur de la Culture Congolaise, les réalisations du Maître lui ont permis de parcourir les grandes villes du monde entier. Entre 1973 et 2002, Alfred Liyolo expose dans les galeries les plus prestigieuses et les plus connues du monde, dont Paris (Louvre), Nice, Tokyo, Séville (exposition universelle de 1992), New York (Art expo 93), Vienne, Lisbonne (Exposition Universelle 1998), Pékin, Bruxelles (2002), Dakar (Sénégal). Son dernier exploit en date est la livraison du monument de «Lumumba» de 4,50 m de haut au jardin de la primature à Kinshasa.

En admirant les œuvres de Maître Liyolo, on entre dans une profonde méditation. Liyolo était un artiste plasticien. Un véritable inspirateur fut-il, car il a transformé le bronze en réalité vivante. Son originalité réside dans le caractère à la fois traditionnel et contemporain de son art, réunissant plusieurs sculptures au style pur et effilé, dont certaines en grand format. Il fait corps avec le bronze et son amour pour cette matière transparait à travers ses œuvres. Sa disparition intervient deux jours après celle de son ami et frère Lutumba Simaro Masiya. Un coup dur pour la République de perdre ces deux génies.

Gaston Kisanga

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